Prêt-à-porter, A-H 13-14

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Par Louis Bompard   Rares sont les maisons pouvant offrir à leur directeur artistique une telle façon de mettre en scène leur collection. Hier, Louis Vuitton a encore une fois permis à Marc Jacobs, en reproduisant les allées d’un Grand Hôtel au sein de la Cour carrée du Louvre, de ne pas s’éterniser en explications sur ses inspirations.   En effet, ce que voulait nous faire vivre le créateur américain, c’était une plongée intimiste, pour ne pas dire voyeuriste, dans une vie parallèle, celle qui peut se dérouler la nuit dans les couloirs des palaces. La femme de cette saison semble ainsi pousser une des nombreuses portes de chambre présentes tout autour du runway avec une idée en tête: retrouver sa chambre, ou bien alors celle d’un voisin d’étage. Le…

Par Louis Bompard

 

Rares sont les maisons pouvant offrir à leur directeur artistique une telle façon de mettre en scène leur collection. Hier, Louis Vuitton a encore une fois permis à Marc Jacobs, en reproduisant les allées d’un Grand Hôtel au sein de la Cour carrée du Louvre, de ne pas s’éterniser en explications sur ses inspirations.

 

En effet, ce que voulait nous faire vivre le créateur américain, c’était une plongée intimiste, pour ne pas dire voyeuriste, dans une vie parallèle, celle qui peut se dérouler la nuit dans les couloirs des palaces. La femme de cette saison semble ainsi pousser une des nombreuses portes de chambre présentes tout autour du runway avec une idée en tête: retrouver sa chambre, ou bien alors celle d’un voisin d’étage. Le walk of shame prend alors toute sa dimension mode dans l’allure de ces femmes, fausses candides, qui connaissent leurs armes de séduction.

 

 

La plupart de des silhouettes de la collection se construisent alors sur des contrastes, comme celui de la séduction et du pratique, de l’instantané et de l’emprise, de l’attente et de la page tournée, de l’étreinte et du sommeil. La plus parlante de ces associations est bien sur celle de longs manteaux, qu’ils soient en astrakan, drap de laine d’hommes, tweed, satin ou fourrure, qui viennent couvrir des ensembles de nuit, du pyjama deux pièces à la nuisette en soie et dentelle plus ou moins longue. Les pardessus prennent alors une allure de robes de chambres, enfilées à la va-vite, comme pour tirer un trait sur un intime instant interdit. Ce choc des opposés, cette façon de s’habiller sans l’être, Marc Jacobs (venu saluer dans en pyjama issu de la dernière collection hommes Louis Vuitton) en fait même « une pierre, deux coups », en imaginant des robes d’intérieur en tweed et fourrure, ou encore de sublimes déshabillés brodées de fleurs, dont le dernier fut portée par la toujours incendiaire Kate Moss, et que seule leur transparence empêcheraient de voir la lumière.

 

 

La mise en scène, aussi mystérieuse que captivante, nous ferait presque oublier qu’il s’agissait bien ici d’un défilé de mode. Bien sur, il y a une autre inspiration que ce story telling dans cette collection, et comme très souvent cette saison, il s’agit des années 50, de ses jupes midi et de ses silhouettes sablier. Bien entendu, chaque silhouette se parait aussi d’un sac de la maison, dont les plus remarquables furent les réinterprétations des iconiques Speedy et Lockit dans des matériaux d’une richesse absolue (crocodile ciré ou plumes marabout). Enfin, évidemment, il y avait une volonté de communication dans cette livraison. À l’image de ceux de Burberry ou Chanel, autres mastodontes du prêt-à-porter de très haut de gamme, ce défilé Louis Vuitton étalait comme un hommage tout le savoir-faire des ateliers de la maison, surtout lorsqu’il s’agit de précieuses broderies.

 

 

Mais hier, l’essentiel, pour l’audience qui clôturait un mois de défilés, était peut-être ailleurs. Cette femme, cette ambiance, cette histoire, nous les vivions. Mieux, nous nous sommes sûrement tous projetés sur le chemin que suivait cette muse. Sur ce chemin, et donc, dans ses vêtements. Le walk of shame n’en était plus un. Nous voulions parader. L.B