Saint Laurent, P-E 13

Par Louis Bompard   20heures. Un sas complètement noir alors qu’il se trouve dans une des plus belles locations de Paris, le Grand Palais. Pour y accéder, des portes presque dérobées et des couloirs administratifs, quand Chanel nous offrira ce matin les fastes d’un chemin éclairé par les verrières du musée. Dans la salle, 3 rangs, seulement trois petits rangs et d’habituels front rowers obligés aujourd’hui de rejoindre la caste des mortels en standing. Puis, le faux plafo

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Par Louis Bompard

 

20heures. Un sas complètement noir alors qu’il se trouve dans une des plus belles locations de Paris, le Grand Palais. Pour y accéder, des portes presque dérobées et des couloirs administratifs, quand Chanel nous offrira ce matin les fastes d’un chemin éclairé par les verrières du musée. Dans la salle, 3 rangs, seulement trois petits rangs et d’habituels front rowers obligés aujourd’hui de rejoindre la caste des mortels en standing. Puis, le faux plafond s’ouvre, de manière robotique et arachnéenne, pour laisser s’engouffrer une once de lumière et d’imposants ghetto blasters crachant les vibrations produites par Daft Punk. Tous ces éléments plantent ainsi le décor : Nous allons bien assister à un défilé d’Hedi Slimane, lui qui trouve le chic et l’agréable où d’autres ne voient que le commun. Et les présences, pour une fois acceptées, d’éminents rédacteurs «au fond» prouvent, s’il en était encore besoin, que personne ne raterait ce premier défilé du créateur exilé à Los Angeles pour la maison Yves Saint Laurent.

 

Même si tous deux cherchent à la fuir, la comparaison entre Raf Simons, fraîchement arrivé chez Dior, et Slimane est difficilement évitable. Car tous deux se retrouvent avec, sur le dos, des héritages, codes et attentes aussi lourds que le génie des fondateurs de leurs nouvelles maisons ont marqué l’histoire de la mode. Le créateur belge, qui défilait vendredi, a puisé son inspiration dans la philosophie de Monsieur Dior, plus que dans ses anciennes collections, pour en extraire des vêtements nouveaux et ainsi entraîner avec lui la maison vers le futur. Hedi Slimane avait donc le choix : avec l’appui de l’immensité des signatures stylistiques d’Yves Saint Laurent le créateur, Slimane aurait pu prendre le pari (et donc le risque) de frapper fort, et de proposer une nouvelle silhouette, sa première dans l’univers de la mode féminine. Cela, il l’avait fait chez Dior homme, redessinant les contours d’une garde-robe masculine dans un vent de révolution. Ou bien alors, il pouvait se servir de ces 5 années consacrées à la photographie, où son talent s’exprimait dans le fait de créer des allures plus que des vêtements, convainquant les femmes de ce à quoi elles veulent ressembler aujourd’hui, et surtout, à leur faire aimer ce que d’autres, avant elles, ont adoré. Appelons ça l’icônisme.

Les premières silhouettes du défilé montrent de suite que c’est vers cette deuxième voie que s’est engagé le créateur pour sa première collection Saint Laurent.

 

Comme on pouvait s’y attendre avec lui, les références ne manquent pas. La première, énorme, logique et respectueuse, est bien sur à Yves Saint Laurent. Hedi Slimane a, en effet, glissé, dans des allures principalement empruntées aux dégaines amishs (immenses capelines, plastrons blancs, jupes longues et par-dessus noués), une multitude de codes YSL. En commençant par la plus évidente, le smoking, qui trouve ici une déclinaison pailletée ou associée à un ultra-ajusté pantalon en cuir. La saharienne, elle aussi s’habille de cuir et se fitte à l’extrême sous la main de Slimane. Puis arrivent les manches cloches en mousseline, les nœuds plats XL en satin, les voiles de léopard, et enfin, les robes du final, inspirées de caftans forcément associés à l’amour du plus grand génie de la mode pour le Maroc. Son deuxième puit de ressources, c’est bien évidemment dans la musique qu’Hedi Slimane l’a trouvé. Comment ne pas voir, dans une robe noire toute en dentelle, dans un long manteau en crochet de la même teinte ou encore dans un pull pailleté au V profond, une Jane Birkin de l’époque « Décadanse » ? La liberté et cette force de caractère finalement candide des groupies des années 70, celles qui pouvaient tout quitter pour suivre un groupe de rock en tournée à travers les Etats-Unis embaume définitivement cette première livraison de « l’ange parmi les angeles ».D’ailleurs, de son Los Angeles, d’où Slimane a insisté pour y dessiner la collection avec son studio, il en tire quelques clins d’œils, comme ces robes courtes devant et longues derrière, amenées par les Californiennes du moment aux pages de mode du monde entier.

 

Que doit-on, au final, tirer comme enseignement de ce défilé ? La première des choses est que la mission que s’était fixé Hedi Slimane a été remplie. Car impossible de contester que cette silhouette «fonctionne». Elle est même désirable. Sans apporter une nouvelle pierre au grand édifice qu’est l’histoire de la mode, le designer a ainsi séduit ses dames (dont Alison Mosshart, chanteuse des Kills qui s’exclama prête à « prendre un quatrième job » pour pouvoir dévorer cette collection). Et c’est bien là le principal. Mais pour ceux qui attendaient une révolution, il faudra attendre une saison. Logique. Même le rock n’a pas construit sa légende en un jour.

 

 

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