Prada, P-E 13

Par Louis Bompard   C’est un fait établi. Alors que les saisons passent et que les tendances n’ont jamais été aussi éphémères, Miuccia Prada continue d’avancer dans la mode les mains libres. Elle est aujourd’hui une des rares dans cette position. Les livraisons de ses collections ne s’articulent pas autour d’une mouvance déjà aperçue, mais plutôt sur des lubies de la créatrice, des sentiments ou des manifestes. C’est aussi pour cela que les journalistes aiment autant venir les voir. Pour d

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Par Louis Bompard

 

C’est un fait établi. Alors que les saisons passent et que les tendances n’ont jamais été aussi éphémères, Miuccia Prada continue d’avancer dans la mode les mains libres. Elle est aujourd’hui une des rares dans cette position. Les livraisons de ses collections ne s’articulent pas autour d’une mouvance déjà aperçue, mais plutôt sur des lubies de la créatrice, des sentiments ou des manifestes. C’est aussi pour cela que les journalistes aiment autant venir les voir. Pour dépasser le simple cadre du vêtement, et ainsi déceler l’idée – de temps en temps, avouons-le, à la frontière de l’intellectualisme – qui se cache derrière une quarantaine de jolies filles bien habillées.

La performance d’hier n’a pas échappé à la règle. Elle tournait autour de trois rouages essentiels d’une collection Prada : une quête, son interprétation et une silhouette. Bien sûr, la complexité et la profondeur du cheminement créatif de Miuccia Prada veulent que c’est une fois le show terminé, lorsque l’on arrive à se faufiler dans la horde de curieux en backstage, que l’on peut enfin comprendre le premier des éléments fondateurs de sa collection. En effet, si chaque journaliste cherche pendant le défilé à déceler ce que la créatrice avait en tête au lancement de sa collection, « il va mieux quand c’est dit ». Nous vous évitons l’attente et stoppons ici le suspens : cette collection, sûrement une des plus personnelles de Miuccia Prada ces dernières années, se voulait la quintessence de la féminité. « Il est interdit de rêver, la nostalgie est interdite, être douce n’est plus bien vu. Les vêtements de cette collection sont l’illustration de ce rêve impossible : celui de retrouver ces sentiments que nous n’avons plus le droit d’aimer aujourd’hui » avoue, un brin émue, la créatrice.

L’expression de cette quête, Miuccia Prada a décidé de la faire ressurgir dans un des éléments les plus « feminine forward » de l’histoire de la mode, la fleur. C’est d’abord d’étonnants patchs rectangulaires d’impressions transfert qu’elle appose à des néo-tailleurs noirs. Puis elles prennent forme, blanches sur noir, sur des manteaux en astrakan (en été !), avant de prendre des couleurs sur d’autres en vision (bis !). Certaines brodées, d’autres, aux allures de rosaces, se floquent, alors qu’un imprimé laser mime une contagion sur des robes longueur midi.

Point de départ de la collection, check, élément principal pour l’exprimer, idem, il ne manque plus que la silhouette de ce défilé. Venue dans un second temps selon Miuccia Prada, c’est en Asie, chez les geishas qu’elle trouve ses bases. En effet, aiguisé, ferme et tranchante, elle fait la part belle aux jupes courtes fendues sur le devant, aux vestes jamais boutonnées ni zippées, et aux pans de satin duchesse, souvent doublées, qui viennent entourer un corps de femme comme un rituel de préparation. Cet allant nippon trouve un reflet dans les accessoires, sur des chaussures de geishas démesurément compensées, que des chaussettes métalliques viennent dynamiser.

 

Avec des vêtements qui se font les haut-parleurs revendicatifs d’un désir de femmes, c’est finalement peut-être plus avec des mots que Miuccia Prada a décidé d’habiller sa dame cette saison. À en croire celles, les yeux écarquillés, qui siégeaient au premier rang, elle avait vu juste. C’était un vrai désir de femmes. Mais comme toujours avec elle, ce n’est qu’après qu’on le sait.

 

 

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