Lanvin, P-E 13

Par Louis Bompard     Il n’est pas une personne qui était là, il y a 6 mois, sur les bancs du défilé Lanvin, qui ne garde un souvenir personnel de cet événement hors du commun. Un applaudissement à s’en fêler une bague, une sourire partagé avec son voisin de rangée, et même, pour certains, une larme qui ne pouvait rester plus longtemps enfouie. Alber Elbaz fêtait alors ses 10 années de saluts à la fin des défilés Lanvin. Sûrement un des plus grands moments de mode, et bien plus encore,

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Par Louis Bompard

 

 

Il n’est pas une personne qui était là, il y a 6 mois, sur les bancs du défilé Lanvin, qui ne garde un souvenir personnel de cet événement hors du commun. Un applaudissement à s’en fêler une bague, une sourire partagé avec son voisin de rangée, et même, pour certains, une larme qui ne pouvait rester plus longtemps enfouie. Alber Elbaz fêtait alors ses 10 années de saluts à la fin des défilés Lanvin. Sûrement un des plus grands moments de mode, et bien plus encore, de ces dix dernières années. Mais après un tel ouragan d’émotion, une question méritait d’être posée : « Et maintenant Alber, on fait quoi ? ». Sa réponse, bien qu’il l’ait livrée sur le podium avant tout, c’est en backstage qu’il nous l’a hier confié. « Oui, c’est une renaissance, un nouveau départ. Je redémarre. Enfin », avoue-t-il.

 

Il est vrai que les premiers passages du défilé n’ont pas forcément un ADN Lanvin  prononcé avec excès. Inspirés d’éléments du vestiaire masculin dont le smoking, les tailleurs pantalons et robes mi-cuisses se dessinent autour d’un art de l’habillement japonais dont les nœuds plats sont un des plus évocateurs emblèmes. Puis vinrent Kasia Struss, Karlie Kloss et Olga Sherer arborant de brûlants bodys découpés au laser. On sent alors ici une des premières volontés de la « nouvelle vie » d’Alber Elbaz. Lui, le timide, veut (et peut) désormais se permettre une approche un peu directe et abrupte au sexe. C’est ainsi, comme un clin d’œil, qu’il imprime la nue Vénus de Milo sur deux robes panneau. Le reste du défilé oscillera donc ensuite entre ces deux voies directrices, celle d’un japonisme tranchant (qui trouvera son extase dans les robes colorées du final) et d’une quête érotique enfin assumée.

 

Voilà donc ce que crée Alber Elbaz quand il décide de repartir de zéro. Cependant, et c’est sûrement la première fois que cela arrive en 10 ans à contempler vos collections, Monsieur Alber, nous ne sommes pas vraiment d’accord avec vous sur un point. Car la livraison dévoilée hier à L’École Supérieur des Beaux-Arts de Paris n’avait rien d’un rodage. Elle est dans la continuité émotionnelle des précédentes. Elle aussi, prouve que vous êtes, plus qu’un créateur, un homme à part. Elle aussi, nous fait passer, en une demi-seconde, d’un constat de simplicité à une extase béate à chaque fois qu’un mannequin apparaît sur le podium. Elle aussi, convint les rédactrices, clientes et acheteuses du monde entier, que si elles avaient dû créer une robe, c’est celle-ci qu’elles auraient dessinée. Elle aussi, nous a fait nous élever, l’espace de quelques instants, au dessus de tout repère spatio-temporel. Elle aussi nous a fait sourire. Parce que, elle aussi, n’est faite que pour les femmes.

 

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