Chanel, P-E 13

Par Louis Bompard   C’est bien là tout le talent de Karl Lagerfeld. Avoir une dose de recul suffisante sur l’œuvre de sa vie, la maison Chanel, pour mieux pouvoir rebondir et la faire faire resurgir vers les sommets. Après des saisons annonçant l’apocalypse, un monde sous l’eau ou une vie sous terre, les podiums Chanel avaient besoin d’un peu de légèreté. C’est ainsi qu’il a décidé de placer cette collection printemps-été 2013 sous le signe d’une énergie nouvelle. « L’énergie est d

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Par Louis Bompard

 

C’est bien là tout le talent de Karl Lagerfeld. Avoir une dose de recul suffisante sur l’œuvre de sa vie, la maison Chanel, pour mieux pouvoir rebondir et la faire faire resurgir vers les sommets. Après des saisons annonçant l’apocalypse, un monde sous l’eau ou une vie sous terre, les podiums Chanel avaient besoin d’un peu de légèreté. C’est ainsi qu’il a décidé de placer cette collection printemps-été 2013 sous le signe d’une énergie nouvelle. « L’énergie est d’ailleurs forcément nouvelle, car, dans la création, elle est instantanée, elle ne se stocke pas » ajoute-il sur le catwalk après le show. Un podium, justement, dont le sol mime des panneaux solaires alors que d’immenses éoliennes le jonchent. Plus qu’un clin d’œil direct au thème de sa collection, Karl Lagerfeld préfère y voir une note philosophique. « Le vent et le soleil, eux, sont et resteront libres » s’amuse-t-il.

 

Mais pour insuffler ce vent nouveau, il fallait d’abord le délester de tous les bagages qu’il pouvait avec lui traîner. Cette collection sera donc sans chaînes, sans camélias, sans galons, et (presque) sans logo. Seules restaient les perles blanches, mais qui ont ici trouvé, multipliées et surdimensionnés, une nouvelle vie. Un premier pari, audacieux et risqué, qui ne peut que nous aussi nous rafraîchir.

Dès les premiers passages, cette cure de jouvence se fait ressentir. Les tweeds s’allègent dans une version coton alors que les vestes se raccourcissent en boléros. Les robes courtes qui les accompagnent prennent, elles aussi, une allure estivale dans un mesh étonnamment de coton. Aux iconiques noir et blanc succèdent ensuite des teintes plus intenses de bleu outremer, vert printanier, rouge et rose saumon.

 

Chez Chanel, le premier rang n’est pas uniquement là pour montrer la toute-puissance de la maison. Il a, indirectement, un rôle à jouer dans l’élaboration des collections. En effet, comment ne pas voir dans le rajeunissement de la garde-rapprochée de Karl Lagerfeld (Astrid Bergès-Frisbey, Alma Jodorowsky, Ana Girardot, Cécile Cassel, Laura Hayden, Leigh Lezark, Maïwenn ou Marine Vacht) la nouvelle voie empruntée par le Kaiser dans la ligne de ses silhouettes ? Plus courtes, plus rondes, adaptables à tous les moments de la journée. Une pièce se fait ainsi le symbole de ce parti pris : la robe jupe, qu’il présente dans une version tweed boutonnée de perles de coton ou alors en denim, portée par Cara Delevingne. Les nouveaux tweeds, réalisés notamment par des jeux de tissages de rubans peints à la main, ne font qu’augmenter, de par leur effet do it yourself, l’impression de prise de pouvoir de cette nouvelle génération sur la femme Chanel.

D’ailleurs, comme un révélateur de la réussite de cette collection, ne doit-on pas plutôt l’appeler, cette saison, la « fille » Chanel ? Ça nous démange, autant qu’on l’envie. L.B

 

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