L.A.G. : La grande inconnue de la photo créative

Qui se souvient de Laure Albin Guillot ? Alors que sa notoriété reste inégalée dans l’entre deux guerre, seul le Musée du Jeu de Paume et un beau livre s’en rappellent aujourd’hui. Pour le plus grand bonheur des amateurs d’images d’exception !

 

Laure Albin Guillot, Hubert de Givenchy, 1948

 Hubert de Givenchy par Laure Albin Guillot en 1948.

(Collection Roger-Viollet / Parisienne de Photographie)

 

Mais pourquoi donc n’a t’on pas redécouvert plus tôt Laure Albin Guillot ? Peut-être parce que son travail inclassable était à contre-courant de l’avant-garde d’alors, peut-être parce que son sens de l’esthétique la poussait à tout essayer sans a priori, peut-être parce qu’elle était une femme dans un monde d’hommes… Peut-être sans vraie raison même, cette artiste reconnue, courtisée et d’une notoriété inégalée dans l’après seconde guerre mondiale n’a pas laissé de traces. Aujourd’hui cependant ses images parlent pour elle. Et de quelle façon !

 

Laure Albin Guillot Off 1937

 Laure Albin Guillot, image de mode dans L’Officiel en 1937.

Décédée en 1962, c’est l’agence Roger-Viollet qui fît l’acquisition du fond de son atelier en 1964. Un fond appartenant désormais à la Ville de Paris qui a été rendu accessible récemment grâce à un long travail d’inventaire. Pas moins de 52 000 négatifs et 20 000 épreuves le compose en effet !

Portraits, nus, reportages, photos de mode (pour L’Officiel de la couture, entre autres), publicités (pour Jaeger Le Coultre), « micrographies décoratives » et recherches abstraites à partir des préparations microscopiques de son mari, le Dr Albin Guillot : elle s’est pourtant donné du mal. Technicienne hors pair, elle explore tous les domaines de la photo. Un activisme quasi féministe récompensé par divers fonctions dans la seconde partie de sa vie : membre de la Société des artistes décorateurs, de la Société française de photographie, directrice des archives photographiques de la direction générale des Beaux-Arts, premier conservateur de la Cinémathèque nationale, présidente de l’Union féminine des carrières libérales : elle est l’une des personnalités les plus actives du monde culturel de son époque.

 

Laure Albin Guillot, Les tierces alternées, illustration pour les Préludes de Claude Debussy, 1948

Laure Albin Guillot, Les tierces alternées, illustration pour les Préludes de Claude Debussy, 1948 (Roger-Viollet)

 

Paradoxalement, peu d’études lui ont été consacrées. Sans doute parce que son champs d’action très ouvert n’aide pas à la classer dans un genre bien défini.

Le titre de l’exposition du Musée du Jeu de Paume pose le problème : « L’enjeu classique ». Trop classique pour certain, cette ‘grande dame’ n’aura de cesse que de retourner et détourner ces fameux classiques, explorant toutes les possibilités afin de les porter ailleurs. On ne s’étonne donc pas que chacun de ses clichés d’hier provoque aujourd’hui un coup de cœur inédit. Dont certains petits « génies » de la photographie du jour pourraient toujours s’inspirer sans honte…

 

Laure Albin Guillot Off 1937 2

Cliché de Laure Albin Guillot dans L’Officiel en 1937.

 

Laure Albin Guillot (1879-1962), du 26 février au 12 mai 2013. Musée du Jeu de Paume, 1 place de la Concorde, Paris 8e. www.jeudepaume.org

A lire : Laure Albin Guillot par Delphine Desvaux et Michaël Houlette, 192 pages. 35 €. Editions de La Martinière.

 

Laure Albin Guillot Off 1938 b

« Avec Joie » création de Worth photographiée en couleur dans L’officiel en 1938.

format 300/*

sur le même thème

découvrez