Les Choo Choo des tapis rouge !

Ils sont deux à nos pieds et pas mécontents de pouvoir tout partager. Formée dans la maison où elle évolue depuis son lancement en 1996, Sandra Choi est la nièce de Jimmy Choo. C’est son oncle qui lui a enseigné l’art délicat du talon. Formation de haut vol qu’elle complète à Central Saint Martins. Simon Holloway, son partenaire de travail, profite d’une expérience plus internationale. A Paris auprès de Karl Lagerfeld chez Chloé, puis à New York dans différents rôles créatifs chez Narcisso Rodriguez, Calvin Klein, Michael Kors et Ralph Lauren. Il rejoint Jimmy Choo à Londres en 2010 et depuis 2011 assure ici la codirection de la création.

 

Sandra Choi et Simon Holloway.

 

Longtemps incarnés par Tamara Mellon, co-fondatrice de cette marque au glamour moderne, les accessoires Jimmy Choo évoluent vers plus de mode : en plus des chaussures, on trouve désormais ici des sacs glamour pour le jour et le soir, une ligne de chaussures masculines, des collections capsules réalisées en liaison avec des artistes contemporains -la dernière en date était signée du street artiste Rob Pruitt-, des lunettes et même un parfum. Après une incursion remarquée dans le prêt-à-porter femme et homme à l’occasion d’une opération pour H&M en 2009.

Désormais dirigée par un PDG français, Pierre Denis, au sein du groupe Labelux, la griffe qui donne des frissons à toutes celles qui privilégient une cambrure de pied au-dessus de tout soupçon, met en avant ses deux créatifs passionnés. Ils expliquent ici pourquoi les Jimmy Choo restent les chaussures fétiches des élégantes les plus photographiées : leurs talons ‘Choo Choo’.

L’Officiel : Deux directeurs créatifs pour une seule marque ce n’est pas trop ?

Simon Holloway : Pas lorsqu’on s’aperçoit que Jimmy Choo ce n’est pas que des chaussures. Les gammes de produits que nous dessinons sont de plus en plus étendues.

Sandra Choo: En plus d’insuffler le mood de la saison dans l’entreprise, nous gérons également les campagnes de pub, les look books, les présentations, la communication dans son ensemble. On est jamais trop !

L’O. : Chacun de vous a t’il un rôle plus défini ?

Sandra.: Je suis née dans la chaussure, c’est quelque chose qui est dans mon cœur. Je suis dans ce domaine depuis 17 ou 18 ans déjà…

Simon : Et moi je m’occupe spécifiquement d’un peu tout le reste. Du thème de la saison aux produits finis. Et sans doute aussi un peu plus de la collection masculine. Même si, ici aussi, l’influence de Sandra reste importante.

 

Sandra Choi.

 

L’O. : Et quel est le thème de cette saison ?

Simon : Pour la ligne croisière actuellement en magasins nous avons travaillé sur les années 60. Plus spécifiquement sur l’influence de Rudi Gernreich et Paco Rabanne.

Sandra : C’est très graphique, moderne et clean. Les couleurs fortes jouent un grand rôle dans cette collection en même temps que les métalliques, argent et or.

Simon : Il y a aussi une partie de la collection déclinée de nos collaborations avec des artistes. Des choses plus fortes, également sixties et Op’art, du zèbre en noir et blanc, etc. La campagne de publicité est également dans ce mood là. Dans le passé nous avions déjà travaillé avec Nan Goldin ou Richard Phillips sur des collections capsules.

 

Rob Pruitt a récemment collaboré avec Jimmy Choo autour d’une collection capsule.

 

L’O. : Qu’est-ce qui a déclenché votre passion pour la chaussure ?

Sandra : C’était accidentel au départ. Je savais que je voulais faire de la mode, mais très tôt on m’a dit que je devrait plutôt dessiner des objets, du design, des produits quotidiens. Lorsque j’ai commencé à travailler pour mon oncle dans cette maison, j’ai été fascinée par tous les autres aspects de son métier : il suivait la presse, les clientes, la fabrication, le design, tout. Et tout m’a plu ici.

Simon : Moi aussi c’était accidentel. J’ai toujours été passionné par les magazines de mode et je m’ennuyais un peu dans un internat au nord de l’Angleterre, à Newcastle. Un jour j’ai visité une école d’art et j’ai tout de suite trouvé ça plus passionnant. Après cette école, j’ai commencé par le prêt-à-porter. Un peu de tout au départ : du masculin, du féminin, mais j’ai aussi dessiné des chaussures, travaillé autour du parfum.

 

Simon Holloway.

 

L’O. : Comment définiriez vous le style Jimmy Choo aujourd’hui ?

Simon : Je pense que l’histoire de Jimmy Choo n’a jamais été liée à la mode mais plutôt à un glamour moderne qui a toujours raisonné positivement auprès des femmes.

Sandra : Il faut aussi préciser que Jimmy faisait des chaussures sur-mesure. Il m’a tout appris de ce que je sais sur la chaussure, le design, la construction, l’équilibre, le chaussant, le talon, etc. Mais il n’a jamais été vraiment impliqué dans la marque d’accessoires de prêt-à-porter qui porte son nom. Ici, nous avons réussi à transformer son nom en une marque. Lui continu de son côté une ligne de chaussures sur-mesure, mais séparément de cette marque.

L’O. : Quelles sont vos inspirations en général ?

Sandra : ça peut être n’importe quoi. L’observation de la rue, le shopping, le design, etc. A Londres ou ailleurs dans le monde. Je force les gens à sortir du studio parfois, même si c’est juste pour aller à Portobello. En novembre l’année dernière, nous avons été par exemple à Rio avec les membres du studio. Je n’aime pas dire que c’est un voyage d’inspiration, mais plutôt une réunion informelle qui permet de nous retrouver en dehors du bureau lorsque la saison est finie et de réfléchir aux grandes influences du moment.

Simon : Ce que nous avons trouvé là-bas c’était aussi une sorte de glamour athlétique. Un style noctambule mais qui respirerait la santé pour l’ensemble de la collection. Cette saison, il y a donc beaucoup de brillances argent, mais avec du blanc et des notes de couleurs pour la collection croisière. Dans la partie plus ancienne de Rio, à Lapa, nous avons également senti un côté plus romantique qui influence la collection de printemps Jimmy Choo. Mais ce sont des feeling plus que des influences.

L’O. : Un nouveau minimalisme est plus présent désormais dans toutes les collections. Comment répondre à cette influence sans être trop ennuyeux ?

Simon : Les accessoires restent cependant plus décoratifs aujourd’hui. Mais c’est sans doute justement parce que les vêtements sont plus simples. Ça appelle peut-être plus de brillances au niveau des sacs et des chaussures, plus de couleurs ou de détails subtils parfois. D’autant que chez Jimmy Choo, il y a toujours eut une sorte d’esthétique maximaliste. Ce qui dessine une combinaison intéressante avec la mode du moment.

Sandra : Nous profitons également du sens international de cette collection depuis toujours. Il y a là un bon goût qui nous permet de nous arrêter à un moment. On ne peut pas imposer aux femmes des choses trop surchargées. Nous avons toujours été basé à Londres, mais la plupart des gens pensent que nous sommes une marque américaine… La réalité pour moi, c’est que nous sommes une marque globale. Le monde est devenu si petit aujourd’hui.

L’O. : Quel à été votre plus grand moment de mode ?

Sandra : A chaque fois que j’ouvre les boites qui arrivent de l’usine en Italie avec la nouvelle collection dedans. Ce sont des produits sur lesquels nous travaillons depuis 6 mois qui deviennent soudain concrets. Et j’ai envie de les porter immédiatement ! Et aussi, lorsque j’ai été à Hollywood pour les Oscars. Je ne suis pas du tout impliquée dans cette culture ‘people’, mais lorsqu’Angelina Jolie est entrée dans la suite Jimmy Choo que nous avions loué à l’Hermitage… Je n’avais aucune idée de qui elle était au début et elle était si gentille. Après coup ça m’a fait quelque chose quand même !

 

Gwyneth Paltrow en Jimmy Choo lors des Oscars en 2012.

 

Simon : Moi, c’est Gwyneth Paltrow lors des derniers Oscars qui m’a marqué. Elle portait une cape et une robe incroyable de Tom Ford avec nos chaussures. C’était très spectaculaire. Ça veut dire aussi que les véritables ‘aristocrates’ de Hollywood ont toujours besoin de Jimmy Choo à leurs pieds.

L’O. : Quels sont les prochaines étapes dans le calendrier de Jimmy Choo ?

Simon : L’ouverture de nouvelles boutiques. Le développement de l’expansion de la marque en Asie. Egalement le renforcement de la ligne masculine qui est très nouvelle encore. Nous avons également créé une eau de parfum Jimmy Choo l’année dernière que nous avons décliné en eau de toilette cette année. Nous pouvons encore développer cet aspect de la marque.

Sandra : Oui, c’est un développement du monde de Jimmy Choo auquel nous croyons beaucoup et qui a déjà reçu un bon accueil du public. Particulièrement dans des pays où la ligne de chaussures n’est pas toujours très connue. Nous devons aussi renforcer l’angle mode de nos produits.

 

Les récentes créations ‘manga’ de Rob Pruitt pour Jimmy Choo.

 

L’O. : Quel est le meilleurs compliment qu’on vous ai fait au sujet de la collection ?

Sandra : Que quelqu’un veuille la porter déjà ! Particulièrement lorsqu’une journaliste commande une paire de Jimmy Choo qu’elle vient juste de voir. Ça veut dire quelque chose pour nous.

L’O. : Que faites vous pour respirer en dehors de la mode ?

Sandra : Je cuisine. Je pense que je suis bonne cuisinière et je commence à faire ça avec ma petite fille de deux ans et demi.

Simon : Moi j’aime manger ! (rires). Mais je vais aussi pas mal à la gym… ça compense ! Et puis à Londres nous somme particulièrement gâté au rayon culturel.

Sandra : Le voyage que nous organisons avec quelques membres du studio après les collections est également un bon moment pour respirer un autre air.

L’O. : Que conseilleriez-vous à une femme qui manquerait de confiance en elle ?

Sandra : Qu’elle apprenne à porter une belle paire de talons hauts. C’est le meilleurs remède au manque de confiance en soit !

Simon : Oui, et puis se faire belle tout simplement. Un tour chez le coiffeur, la manucure ou un salon de beauté, ça ne peut faire que du bien. Acheter une nouvelle paire de chaussures ça aide également à se sentir mieux, non ?

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