Jeremy Scott : So Smart à L.A. !

Chroniqueur de modes depuis toujours, je ne fais pas trop dans la voiture. Urbain bon teint, j’aime mieux mon vélo passe partout… Pourtant, lorsqu’on m’allèche avec une voiture électrique dessinée par Jeremy Scott, je tends l’oreille. Et tant pis si il faut aller deux jours à Los Angeles afin de découvrir cette Smart éco-responsable d’un genre vraiment décoiffant… Empreinte carbone dévastatrice garantie !

 

Jeremy Scott devant sa Smart Fortwo par Rankin

 

Première bonne surprise : c’est la chanteuse M.I.A. (en couverture de Jalouse ce mois-ci) qui lance la soirée avec un concert à sa façon. Seconde bonne surprise : la Smart électrique elle-même. Jeremy Scott en a fait un jouet rutilant, équipé d’ailes lumineuses verticales à l’arrière, capitonné de cuir blanc à l’intérieur et constellé de chromes miroirs dedans comme dehors. Un objet de désir bien balancé, à assortir aux baskets ailées ultra-colorées qu’il dessine avec succès depuis quelques années pour Adidas.

Enfin, troisième bonne surprise, une interview minute nous est accordée avec le designer avant le début de la soirée dans les studios de Jim Henson (le créateur des Muppets), lieu mythique originellement occupé par Charlie Chaplin.

 

 

Patrick Cabasset : Est-ce que tu as le permis Jeremy ?

Jeremy Scott : Bien sûr ! Je conduis depuis l’âge de 16 ans. J’ai dû commencé le jour même de mon anniversaire. Et puis j’ai grandi dans une ferme donc, tout petit, je conduisais déjà une moto. Et ensuite des tracteurs dès l’âge de 8-9 ans. J’ai même conduit un camion, mais uniquement à l’intérieur de la ferme, peu après.

P.C. : Et aujourd’hui, qu’est-ce que tu conduis ?

J. S. : J’ai deux modèles très opposés en terme de taille : une Smart noire et aussi un G-Wagon Mercedes.

P.C. : C’était fun de dessiner une voiture ? C’est très différent par rapport à des vêtements, non ?

J. S. : Non, le dessin c’est ce que je fais d’habitude. Il n’y a aucune différence. Mais ensuite c’est devenu un nouveau monde. Le rendu en 3 D par exemple, ça on ne le fait pas pour des vêtements. C’est du vrai design industriel, donc très nouveau pour moi. C’était excitant, mais dépaysant. Ensuite il faut encore réaliser le modèle en glaise à l’échelle un quart. C’est une expérience différente et un peu inconfortable. Et puis faire un second modèle en glaise, mais à échelle réelle cette fois. Là c’était plus facile, c’est à l’échelle humaine, c’est donc un peu comme réaliser la toile d’un vêtement et l’adapter à l’idée. Cependant, tout au long du processus, je me suis senti un peu comme un artiste qui utilise un nouveau média. Je tremblais au départ, car je ne savais pas si j’allais être capable d’appréhender ce média.

P.C. : Et tu le referais désormais ?

J. S. : Oui, un million de fois ! Sans problème. C’est tellement excitant, comme tous les nouveaux challenges.

 

 

P.C. : Es-tu habitué à travailler avec des Européens et des Allemands, maintenant que tu collabores régulièrement avec Adidas ?

J. S. : Oui, j’adore les Allemands ! Chez Smart, on m’a encouragé et aidé à aller au bout de mes idées. L’équipe de design de Smart à Karlsbad a été vraiment parfaite avec moi. J’ai eu beaucoup de chance car ils m’ont vraiment confié leur icône. Ce n’est pas seulement du décor ou des petites touches. Et personne ne pouvait imaginer le résultat final. J’ai redessiné moi-même les phares avant par exemple, avec mes mains et la glaise. Je voulais comme des sourcils pour cette voiture. J’ai même dessiné les sorties de l’air conditionné à l’intérieur.

 

Les dessins préparatoires de Jeremy Scott pour Smart

 

P.C. : Ce genre de projet est sans doute moins léger qu’une collection de mode. En combien de temps a-t-il été réalisé ?

J. S. : Le processus est forcément plus long. Nous en avons parlé durant un an environ avant de commencer à travailler sur le modèle. Ensuite, la réalisation du projet prend encore quasiment un an. Une collection de mode ça se réalise en 6 mois et parfois moins dans le cadre de projets spéciaux. Dans le monde d’immédiateté, d’Instagram et de Twitter dans lequel nous vivons c’était presque douloureux pour moi. C’est aussi pourquoi je suis à la fois content, soulagé et ému ce soir. C’est comme voir naître son enfant j’imagine.

P.C. : Qu’est-ce que représentent pour toi les ailes, qui reviennent de façon récurrente dans ton travail ?

J. S. : C’est la liberté. Elles symbolisent pour moi une forme d’optimisme, une possibilité ultime. Et puis aussi, à L.A., on ne sait jamais quand les gens vont tourner. Les clignotants et les phares arrières ailés géants de cette Smart permettent donc simplement de conduire de façon plus claire. C’est très pratique finalement.

 

 

P.C. : Au début du projet, qu’elle a été ta vision de cette voiture ?

J. S. : J’ai essayé d’exprimer une sorte de nostalgie du futur. Une forme de pureté aussi. A Los Angeles, il y a une vraie culture de l’automobile –ici, on ne peut pas vivre sans- en même temps qu’une passion pour le vintage : que ce soit en terme de vêtements, de design, d’architecture ou d’auto. J’ai voulu insufflé à ce modèle cette notion de culture automobile très présente ici. Mais la pousser vers le futur. Et puis le fait que cette voiture est électrique était aussi important pour moi en tant que designer de mode. D’habitude les modèles électriques sont juste pratiques et efficaces. Moi, je me suis demandé pourquoi ils ne pouvaient pas devenir également sexy, drôles et désirables ? Maintenant, je sais qu’un objet technologiquement performant et bon pour l’environnement peut aussi être un objet de désir !

La Smart Fortwo Electric Drive sera disponible dès 2013. http://fr.smart.com

 

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