Cover girl : Kasia Smutniak, la star next door

Cette fille nous dit quelque chose. Normal, on l’a vue en égérie du parfum Idole d’Armani. Également actrice, elle était cette année la marraine sexy de la Mostra de Venise. Bonne intuition, car Kasia Smutniak a de quoi faire rougir le tapis. Rencontre…

 

Photographie : Lorenzo Bringheli

Stylisme : Vanessa Bellugeon

Entretien : Raphaël Cioffi

 

 

 

(Kasia en chemise en organza de soie, Giorgio Armani)

 

 

Polonaise d’origine mais Italienne de coeur, Kasia Smutniak, 33 ans, conjugue la beauté de l’Est à la grâce méditerranéenne, un sourire pudique aux lèvres. On cherche alors à qui elle ressemble le plus : Natalie Portman, Sophia Loren, Keira Knightley ? Puis on finit par trancher : elle a un je-ne-sais-quoi de chacune des plus belles femmes du monde. C’est aussi pour ça qu’elle “nous dit quelque chose”. Et si l’on est facilement découragé de retenir son nom – trop dur à prononcer pour certains, trop dur tout court pour d’autres –, son talent et sa personnalité vont heureusement avoir raison de notre paresse de pronon­ciation. Alors réglons ça rapidement, prononcez : “ka-cha chmoute-gnaque”. Vous voilà prêtes avant tout le monde. Marraine de la Mostra de Venise, icône de mode, mère d’une enfant trop brusquement orpheline de son père (elle a perdu son ancien compagnon, l’acteur italien Pietro Taricone, dans un accident de parachute en 2010), fille de militaire… Il n’y a rien d’étonnant à croire en son potentiel d’actrice tant son quotidien est une succession de rôles.

Nous avons donc voulu savoir si la fille “qui nous dit quelque chose” avait effectivement quelque chose à nous dire. Kasia a répondu à nos questions avec l’humilité et l’enthousiasme des personnes dont la vie décide qu’il n’y aura pas de demi-mesure, mais un enchaînement de joies et de peines extrêmes. Rencontre avec une icône simple : Kasia Smutniak, la star next door.

 

 

Vous êtes en couverture de L’Officiel ce mois-ci, est-ce qu’on s’habitue à faire la une des magazines ?

“Non. Cela dit, j’adore le concept de star d’un jour. Tout dépend du feeling avec le photographe, mais quand ça prend, alors tout devient plus simple : on se comprend et on peut raconter une histoire ensemble. Ça devient vraiment intéressant. Mais cela ne m’intéresse pas d’être le nombril du monde. J’ai grandi dans une famille militaire vous savez. Je suis plutôt de l’autre côté, j’aime regarder les autres et prendre soin d’eux. Je n’aime pas trop qu’on s’occupe de moi.”

 

Vous parlez plusieurs langues (polonais, russe, anglais et italien), vous savez même piloter des avions ! Comment on apprend tout ça ?

“Tout d’abord, je suis une grande fille, j’ai eu le temps de m’intéresser à beaucoup de choses ! (Rires.) J’essaie d’ap­prendre plein de choses parce que je ne sais rien faire par­faitement. J’adorerais avoir au moins une activité, même la plus insignifiante, que je maîtrise complètement. Être la meilleure dans un domaine. Faire un peu de tout c’est aussi faire beaucoup pas grand-chose.”

 

Vous vous ennuyez vite ?

“Ce n’est pas qu’une question d’ennui. Dès que j’ai compris que je peux le faire, ça m’intéresse moins. Ce qui m’excite vraiment, c’est l’apprentissage, pas la compétence en soi. L’idée qu’il y a toujours quelque chose à apprendre, c’est ça mon moteur.”

 

Quelle est la prochaine case à cocher dans votre liste ?

“Le français ! Je devrais parler français, c’est scandaleux. J’aimerais parler toutes les langues en fait !”

Parler toutes ces langues, c’est pour mieux communiquer ?

“Peut-être. Par exemple, j’ai plus de mal à communi­quer avec les femmes. Sûrement parce que j’ai été élevée comme un garçon dans une famille militaire. En fait, je pense comme un homme. Les hommes sont telle­ment plus simples : ils vont droit au but ! Les femmes, au contraire, ne pensent pas à aller au but, mais aux moyens d’y parvenir.”


Ça veut dire quoi “être élevée comme un garçon” ?

“J’étais un vrai garçon manqué. J’ai grandi dans un aéro­port militaire, entourée des amis de mes parents, que des hommes. J’ai toujours pratiqué des activités de garçon. Alors que ma mère désespérait de me voir en jupe, moi je passais mon temps à chercher un nouveau moyen de salir mes vêtements.”

 

 

Cape en mousseline de soie, John Galliano. combinaison en dentelle, Dolce & Gabbana. Bracelets “Bouddha” et ethnique en argent et bague en argent et onyx, Dary’s. bague en métal et verre, Alexander McQueen. bas en polyamide et dentelle, Falke. Escarpins en velours, Gucci.

 

 

En fait, sous des apparences d’actrice et mannequin, vous êtes une James Bond girl !

(Rires.) “J’aimerais tellement dire oui ! Ça serait vraiment cool. Mais la vie que j’ai choisie est plus ennuyante. Enfin, plus facile plutôt, comparée à la vie des autres.”


Vous avez conscience que ces autres pensent l’inverse ?

“Vous savez, l’intérêt ne vient pas de ce que vous faites dans la vie, mais de ce que vous faites de votre vie. C’est une grande méprise. Je connais tellement de femmes qui ne travaillent pas mais qui ont des passions qui remplissent leur vie. J’adore ce genre de femmes qui se lèvent tôt le matin, déposent leurs enfants à l’école, filent à leur cours de tir parce qu’elles adorent les armes, puis enchaînent avec un cours de cuisine… Au final, ce sont les personnes qui rendent leur vie, leur métier, ennuyeux ou pas.”

 

Vous avez un autre rôle : celui de mère, avec votre fille Sophie.

“Oui, elle a 8 ans maintenant.”


Elle ressemble à la petite fille que vous étiez ?

“Pas vraiment, elle sort juste de sa période rose. Heureusement, les enfants changent vite de phases ! Je suis là pour lui faire prendre conscience de tout ce qui est pos­sible, lui donner un maximum de choix et d’opportunités. Si elle veut une vie de Barbie, ça me va, je veux juste que ce soit un choix, qu’elle soit consciente des autres possibilités que la vie lui offre.”

 

Vous semblez passer de la superstar à la fille d’à côté sans difficulté ni complexe…

“Je me sens beaucoup plus comme une personne quelconque. Toutes ces choses de superstar, ce sont des bêtises, ça n’a rien de réel. Je ne crois pas que les supers­tars existent. À partir du moment où vous faites vos courses et votre ménage, où est la superstar ? C’est une illusion. Au mieux, vous vous habillez en star, vous mettez le costume quand vous allez à une soirée officielle, mais une fois l’événement passé, vous enlevez vos talons aiguilles et tout s’en va avec. Vous remettez vos baskets, et courrez pour emmener votre enfant à l’heure à l’école.”

 

Vous ne faites pas ça en talons aiguilles ?

(Rires.) “Non ! Au fond, qui sont les stars aujourd’hui ? Des gens qui ne peuvent pas se permettre une vie normale. Je ne sacri­fierai jamais ça ! Pour rien au monde.”

 

Même quand vous devenez marraine de la Mostra de Venise ?

“C’est un événement tellement plus grand que moi. C’est un peu comme Cannes pour vous. Je tremblais à l’idée de monter sur scène, je suis une vraie timide, je ne m’en pensais pas capable. Je me suis dit : ‘c’est un cauche­mar, je vais me réveiller’. Je suis plutôt de celles qui fuient chaque occasion de parler en public. Et puis j’ai trouvé le courage dans un verre de vin.” (Rires.)

 

 

Combinaison rebrodée de sequins et strass Swarovski, Giorgio Armani. 

 

 

Vous avez un vrai sourire communicatif. Qu’est-ce qui vous fait sourire ?

“Ce que vous dites me fait sourire. L’idée de faire sou­rire quelqu’un, c’est parfait, ça me suffit. Sinon, j’essaie de profiter de chaque moment. Vous ne savez jamais ce qu’il peut se produire, et je pense sincèrement profiter de chaque instant aujourd’hui. Ce n’est pas qu’une idéologie, je le fais. J’ai appris à le faire.”

 

Tout cela est très profond, revenons à des choses plus superficielles : les vêtements.

“Je suis prête !” (Rires)

 

Pour cette séance photo vous portez du Armani, dont vous avez été l’égérie. Quelle relation entretenez-vous avec la marque ?

“La vision du monde de Giorgio Armani me parle com­plètement. Armani, c’est l’élégance pure, un mélange masculin-féminin. On retombe dessus, vous voyez ! C’est un style tellement reconnaissable et personnel, je peux l’identifier sans difficulté. À une coupe, une matière, une couleur.”

 

Vous pouvez vous dire en voyant une création Armani, “Ça, c’est tout à fait moi” ?

“Parfaitement ! Quand je vais dans leurs boutiques, je vais chez la femme et chez l’homme, les deux ! J’adore mixer, et il n’y a que chez Armani que je peux faire ça. Je peux créer mon style à partir du sien.”

 

Pour terminer, avez-vous quelque chose à dire à la petite fille que vous étiez ?

“Je ne regrette rien. Même les erreurs, elles m’ont servie. Je lui dirais que je suis heureuse et que j’attends la suite avec impatience. Puis je lui taperais dans la main et je la laisserais partir.”

 

 

 

Veste en noprne,GiorgioArmani. Col plastron,Carven.

 

 

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