Farida Khelfa, Vincent Darré: la nouvelle vie de Schiaparelli

Elsa Schiaparelli n’est plus là, mais sa maison se réveille grâce à Diego della Valle, nouveau mentor de la griffe. Rencontre matinale avec Farida Khelfa, ambassadrice de la maison, et Vincent Darré, codécorateur des lieux.

 

Par 

Photographie : Christophe Roué

 

 

Farida Khelfa et Vincent Darré

 

La renaissance d’une maison de couture parisienne est une aven­ture à ne pas rater. Un cocktail informel durant les dernières collections de haute couture per­mettait de découvrir en avant-première les nouveaux salons de la marque, place Vendôme, dans les murs historiques occu­pés jusqu’en 1954 par la créatrice. Italienne d’origine aristocrate, et pourvue d’un carac­tère bien trempé, elle fit preuve tout au long de sa vie tumultueuse d’une créati­vité débordante. Le lieu qui nous reçoit est un véritable manifeste tout en miroirs, en meubles extravagants et en couleurs fortes.

Il repositionne instantanément la griffe dans la cour des grands. D’autant que la maison rachetée par Diego della Valle, en 2007, a eu le temps de s’équiper de collaborateurs conquis par l’excentricité de la fondatrice : femme du monde romaine devenue la plus épatante des Parisiennes.

 

Au premier rang des nouveaux collabora­teurs de la marque se trouve Farida Khelfa. L’ex-mannequin originaire de la banlieue lyonnaise est né une seconde fois dans le Paris des années Palace. Devenue muse de Jean Paul Gaultier, inspiratrice de Jean-Paul Goude, collaboratrice d’Azzedine Alaïa, directrice de la couture Gaultier, puis réa­lisatrice de documentaires (sur Jean Paul Gaultier justement ou le Printemps tuni­sien), elle a accepté ici le rôle d’ambassadrice de Schiaparelli. À ses côtés, on retrouve, entre autres, Vincent Darré. Dandy tru­culent, raisonné mais toujours pas raison­nable, cet ex-collaborateur de Karl Lagerfeld chez Chanel, puis directeur artistique chez Moschino, s’est reconverti récemment dans la création de mobilier. Pour L’Officiel, tous deux se sont retrouvés un beau matin de juillet dans le décor fantasque de la maison. Dans une ambiance de franche camaraderie, entre digressions et fous rires, ils ont quand même réussi a échanger quelques propos plus cousus…

 

 

 

 

Quand vous êtes-vous rencontrés ?

 

Farida Khelfa (imitant une vieille voix chevro­tante dans un éclat de rire) : “C’était en 1912…”

Vincent Darré : “Non, il n’y a pas si longtemps. Mais c’était un choc ! Ça remonte sans doute au Palace, dans les années 1980. Aujourd’hui, on voit Farida très fine, presque androgyne, cheveux coupés, mais à l’époque c’était Rita Hayworth ! Elle avait une poitrine accentuée par sa taille fine et surtout une chevelure spec­taculaire. Comme ma mère était un peu baba cool, tout le monde pouvait venir dormir à la maison, Farida comme les autres membres de la bande. À l’époque, on dormait tous ensemble. Mais on était vraiment comme des enfants.”

Farida : “C’était comme une cité d’enfants perdus. On était une bande reliée par la danse, le look… Des choses qui peuvent paraître frivoles mais qui finalement étaient fortes et profondes. Car quand on est ado­lescent, la façon dont on s’habille traduit qui l’on est. Pour nous, il était essentiel d’affir­mer notre différence face aux autres de cette façon-là. Ce qui était aussi génial dans cette bande, c’est que nous étions tous de milieux sociaux très différents.”

Vincent : “Nous voulions nous faire remar­quer par tous les moyens. Même si Farida était plus discrète. Elle possède en elle une gouaille et une agressivité évidentes, mais en même temps elle fait preuve d’une grande timidité, d’une vraie pudeur. Elle était atti­rante avec son rouge à lèvres, ses cheveux noirs et sa présence, mais elle faisait un peu peur aussi. Les types s’approchaient d’elle facilement, mais elle les envoyait balader directement ! (Éclat de rire de Farida, ndlr.) Elle n’a pas dû avoir beaucoup d’histoires d’amour en ce temps-là.”

Farida : “Moi, je me souviens de Vincent habillé en groom. C’était un très joli gar­çon avec beaucoup de succès, super drôle… Comme Christian Louboutin d’ailleurs. Ils étaient tout le temps ensemble. C’était le couple de garçons le plus en vue du Palace.”

Vincent : “Alors que nous n’étions pas ensemble. Juste les meilleurs copains du monde !”

 

 

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