Publié le 30.10.2012
Elsa Schiaparelli n’est plus là, mais sa maison se réveille grâce à Diego della Valle, nouveau mentor de la griffe. Rencontre matinale avec Farida Khelfa, ambassadrice de la maison, et Vincent Darré, codécorateur des lieux.
Par Patrick Cabasset
Photographie : Christophe Roué
Farida Khelfa et Vincent Darré
La renaissance d’une maison de couture parisienne est une aventure à ne pas rater. Un cocktail informel durant les dernières collections de haute couture permettait de découvrir en avant-première les nouveaux salons de la marque, place Vendôme, dans les murs historiques occupés jusqu’en 1954 par la créatrice. Italienne d’origine aristocrate, et pourvue d’un caractère bien trempé, elle fit preuve tout au long de sa vie tumultueuse d’une créativité débordante. Le lieu qui nous reçoit est un véritable manifeste tout en miroirs, en meubles extravagants et en couleurs fortes.
Il repositionne instantanément la griffe dans la cour des grands. D’autant que la maison rachetée par Diego della Valle, en 2007, a eu le temps de s’équiper de collaborateurs conquis par l’excentricité de la fondatrice : femme du monde romaine devenue la plus épatante des Parisiennes.
Au premier rang des nouveaux collaborateurs de la marque se trouve Farida Khelfa. L’ex-mannequin originaire de la banlieue lyonnaise est né une seconde fois dans le Paris des années Palace. Devenue muse de Jean Paul Gaultier, inspiratrice de Jean-Paul Goude, collaboratrice d’Azzedine Alaïa, directrice de la couture Gaultier, puis réalisatrice de documentaires (sur Jean Paul Gaultier justement ou le Printemps tunisien), elle a accepté ici le rôle d’ambassadrice de Schiaparelli. À ses côtés, on retrouve, entre autres, Vincent Darré. Dandy truculent, raisonné mais toujours pas raisonnable, cet ex-collaborateur de Karl Lagerfeld chez Chanel, puis directeur artistique chez Moschino, s’est reconverti récemment dans la création de mobilier. Pour L’Officiel, tous deux se sont retrouvés un beau matin de juillet dans le décor fantasque de la maison. Dans une ambiance de franche camaraderie, entre digressions et fous rires, ils ont quand même réussi a échanger quelques propos plus cousus…

Quand vous êtes-vous rencontrés ?
Farida Khelfa (imitant une vieille voix chevrotante dans un éclat de rire) : “C’était en 1912…”
Vincent Darré : “Non, il n’y a pas si longtemps. Mais c’était un choc ! Ça remonte sans doute au Palace, dans les années 1980. Aujourd’hui, on voit Farida très fine, presque androgyne, cheveux coupés, mais à l’époque c’était Rita Hayworth ! Elle avait une poitrine accentuée par sa taille fine et surtout une chevelure spectaculaire. Comme ma mère était un peu baba cool, tout le monde pouvait venir dormir à la maison, Farida comme les autres membres de la bande. À l’époque, on dormait tous ensemble. Mais on était vraiment comme des enfants.”
Farida : “C’était comme une cité d’enfants perdus. On était une bande reliée par la danse, le look… Des choses qui peuvent paraître frivoles mais qui finalement étaient fortes et profondes. Car quand on est adolescent, la façon dont on s’habille traduit qui l’on est. Pour nous, il était essentiel d’affirmer notre différence face aux autres de cette façon-là. Ce qui était aussi génial dans cette bande, c’est que nous étions tous de milieux sociaux très différents.”
Vincent : “Nous voulions nous faire remarquer par tous les moyens. Même si Farida était plus discrète. Elle possède en elle une gouaille et une agressivité évidentes, mais en même temps elle fait preuve d’une grande timidité, d’une vraie pudeur. Elle était attirante avec son rouge à lèvres, ses cheveux noirs et sa présence, mais elle faisait un peu peur aussi. Les types s’approchaient d’elle facilement, mais elle les envoyait balader directement ! (Éclat de rire de Farida, ndlr.) Elle n’a pas dû avoir beaucoup d’histoires d’amour en ce temps-là.”
Farida : “Moi, je me souviens de Vincent habillé en groom. C’était un très joli garçon avec beaucoup de succès, super drôle… Comme Christian Louboutin d’ailleurs. Ils étaient tout le temps ensemble. C’était le couple de garçons le plus en vue du Palace.”
Vincent : “Alors que nous n’étions pas ensemble. Juste les meilleurs copains du monde !”
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