Publié le 12.09.2012
Si le très attendu Des Hommes sans loi de John Hillcoat sort en salles aujourd’hui, Jessica Chastain est également l’héroïne d’un tout autre film… La maison Yves Saint Laurent vient en effet de dévoiler le court-métrage de campagne de Manifesto, son dernier parfum, dont la comédienne est l’égérie. Nous l’avons rencontré…
Propos recueillis par Constance Chaillet
Photos Max Vadukul pour Yves Saint Laurent
La première mémoire que l’on a est probablement celle du parfum dans l’armoire de sa mère. Petite fille, on va respirer les vêtements de sa maman qui en sont baignés, vous faisiez ça ?
Jessica Chastain : “C’est intéressant que vous me posiez cette question. En fait, ma mère n’a jamais véritablement porté de parfum, elle n’en mettait pas. Mais je pense que tout le monde a un parfum qui lui est propre. Et ma tante, que j’aimais tant, portait Opium. Elle m’a donné un jour un flacon entamé d’Opium, c’est drôle. Je devais avoir dans les 12 ans. Elle savait combien c’était important pour moi d’avoir ce parfum. Je voulais tellement avoir l’air d’une femme, il en restait peu et je mettais Opium tous les matins pour aller au collège.Je pense que ce fut le début de mon histoire d’amour avec le parfum. Quand on est une jeune fille, on veut des talons et du rouge à lèvres. C’est le parfum qui m’a fait me sentir adulte. Je suis devenue femme par le parfum.”
Le parfum rend femme plus vite qu’une paire de seins ?
(Rires.) “Le parfum est ce qui vous apporte la féminité. Il vous inspire, il vous donne une puissance, une force et une sensualité. De la même manière qu’un jazzman vous fait sentir très douce et so mysterious.”
J’ai entendu une actrice dire qu’elle utilisait le parfum pour entrer dans ses personnages, vous faites ça ?
“Pour chacun de mes rôles, je fais en sorte de trouver le parfum qui correspond à la femme que j’interprète. Quand je le vaporise le matin, ça m’aide à m’imprégner. De cette façon, j’aborde l’âme du personnage, son coeur, je l’incarne mieux encore. Pour The Tree of Life (le Terrence Malick, Palme d’or au Festival de Cannes 2011, ndlr), je portais de la fleur d’oranger. Pour La Couleur des sentiments, je portais un parfum qui me rappelait Marilyn Monroe, mon personnage était une sorte de petite Marilyn. Le parfum reflète l’intimité. Vous regardez un tableau, chacun a son interprétation du tableau. Chacun en tire une émotion, chacun a sa réaction au tableau. Un parfum, c’est pareil, on a tous une réponse émotionnelle au parfum, subjective, reliée à la mémoire, à l’expérience.”
Il peut tout transporter ? Chagrin, joie…
“L’odeur de l’herbe coupée m’évoquera toujours et immédiatement mon enfance. Je joue avec mes frères et soeurs. Je suis soudain avec eux, à nouveau là-bas.”
Que vous a appris la Juilliard School, à New York, qui vous serve encore ?
“La Juilliard School m’a appris à travailler très durement. Mon éthique, mon goût du travail a commencé dans cette école, c’est à la Juilliard School que j’ai gagné en assurance, c’est là que j’ai su que je pouvais jouer des femmes très différentes de moi parce qu’ils m’ont castée exprès dans des rôles diamétralement opposés.”
Dans La Couleur des sentiments, on dit à votre personnage que rien ne rend plus heureux que Crisco, de la graisse à cuire. Apparemment, ce serait plutôt Manifesto qui vous rendrait heureuse ?
(Eclat de rires.) “Definitly smells better than Crisco ! (Il sent définitivement meilleur !) Manifesto, avant qu’il ne sorte, je l’ai porté comme un secret, je ne devais en parler à personne mais les hommes m’en parlaient, ils n’arrêtaient pas de me demander ce que je mettais, quel était ce parfum, et j’étais obligée de le leur cacher alors je leur racontais : ‘Oh, ce n’est rien, juste une huile à moi, quelque chose que j’ai trouvé.’ C’était fou de voir à quel point ce parfum les intéressait, il les attirait. J’avais un pouvoir.”
Vous aimez la parfaite perfection ?
“Je travaille dur parce que j’aime ce que je fais. Mais quand j’étais étudiante je n’aimais pas travailler.”
YSL considérait que le noir était une couleur, et vous ?
“Oui. Car si vous dites que le noir n’est pas une couleur, alors vous devez dire pourquoi il n’est pas une couleur. Le noir est si fort, il est la combinaison de toutes les couleurs. Il est si puissant.”
Le violet n’est pas la couleur la plus puissante ?
(Rires) “Le violet est la couleur de la sensualité.” Elle s’est levée. On s’est tendu la main, elle nous a embrassée en amie. Elle avait rempli la pièce de sa chaleur fraîche.
“Oooh, it was such a pleasure to talk with you.” Nous too.

