Greta Garbo : vente divine

 

« La gloire est le deuil éclatant du bonheur » affirmait déjà Madame de Staël au XVIIIe siècle. Alors on imagine deux siècles plus tard, dans le Hollywood des années 20, 30 et 40 ce qu’a pu éprouver une jeune suédoise 100% nature, naturelle -et naturiste souvent-, devenue par la grâce du cinéma la plus grande des stars occidentales.

 

 

« Elle produisait toujours le même effet, dit d’elle Francis Dorléans dans son livre ‘Snob Society’. En la voyant les gens s’arrêtaient de parler. (…) Sans bijoux, les cheveux raides, pour ainsi dire pas maquillée, Garbo donnait l’impression de n’avoir fait aucun effort de coquetterie et pourtant c’était vers elle que convergeaient tous les regards. Pour les autres femmes, c’était rageant. Elles ne pouvaient pas lutter avec cette grande bringue, élégantissime dans une simple robe courte en satin vert émeraude qu’elle portait avec une paire de gant longs réalisés dans le même satin vert. Trois fois rien. Et pourtant, Garbo en sandalettes raflait la mise ».

 

Greta Garbo en Mata Hari

 

Centre de toutes les attentions, mais secrète, Garbo (née Greta Lovisa Gustafsson en 1905 à Stockholm) exprime toujours aujourd’hui une simplicité éclatante qu’on ne nommait pas encore ‘minimaliste’. Et pourtant ce mélange de rayonnement incandescent et de simplicité monacale est au centre de ce qui fait toujours le bonheur des créatifs à la recherche de la formule magique pour rendre les femmes sublimes, sans en faire des tonnes. Peut-être que son rayonnement intérieur y était pour beaucoup. Une aura d’autant plus ombrée de mystère que ses biographes reconnaissent sa bisexualité comme une source essentielle de ses choix de vie. « Techniquement bisexuelle, elle était principalement lesbienne » note ainsi Barry Paris. Au rayon de ses conquêtes on remarque ainsi quelques célébrités : l’actrice suédoise Mimi Pollack, l’écrivain Mercedes de Acosta, mais aussi la ‘socialite’ Cécile de Rothschild, l’acteur John Gilbert, le financier Georges Schlee, qu’elle emprunta à sa couturière Valentina jusqu’à la mort de ce dernier, le chef d’orchestre Léopold Stokowski, le photographe Cecil Beaton (de façon plus platonique, sans doute), etc.

 

Masculine souvent, ‘la divine’ savait porter des robes lorsqu’il le fallait.

 

La vente d’exception qui nous occupe aujourd’hui se compose d’objets ‘habités’ par l’âme de cette inoubliable incarnation de La Reine Christine, de La Dame aux Camélias, d’Anna Karénine, de Mata Hari ou de La Femme aux Deux Visages. Ce grand tout, composé de petits riens est à découvrir en Irlande, en mer, à bord du Queen Mary II et bien sur à Los Angeles où a lieu cette vente.

 

Accessoires de voyages ou de mode s’accumulent dans cette vente.

 

Au milieu de ce bric-à-brac invraisemblable de cendriers, de fume-cigarettes, de poupées, de photos, de stylos, de passeports, de bibelots, de table de massage, de malles ou de sacs de voyage (Vuitton et Hermès), on trouve aussi ses robes. Des créations souvent simplissimes signées de grands couturiers comme Hubert de Givenchy et principalement de Valentina, sa couturière attitrée. Peu connue de ce côté-ci de l’Atlantique, celle-ci mélangeait avec brio dans sa petite maison de couture sur Madison Avenue, la technique du biais enrichie par Madeleine Vionnet avec l’élégante simplicité des drapés de Madame Grès. « La simplicité survit aux changements de la mode, disait-elle. Habillez le siècle, oubliez l’année ». En plus de costumer les actrices sur scène à Broadway, elle les habillera à la ville et étendra sa clientèle jusqu’aux ‘socialites’ comme les Whitney et les Venderbilt.

 

Givenchy, Valentina ou Ferragamo habillaient Garbo.

 

Les deux femmes résidant au sein du même immeuble à New York, l’accès de l’actrice à un vestiaire d’exception était facile. Une proximité qui deviendra cependant un enfer après la liaison affichée de Garbo avec Georges Schlee, le mari de Valentina. D’abord amie du couple, ce joyeux trio éclate lorsque Georges s’éprend définitivement de Greta et s’envole avec elle en Europe. Leur histoire se termine tragiquement au Crillon à Paris, lorsqu’il meurt d’une crise cardiaque. « Garbo, paniquée par l’idée d’affronter la presse, prit la poudre d’escampette, poursuit Francis Dorléans. Elle appela Cécile de Rothschild au secours et déguerpit en laissant Schlee aux bons soins du personnel de l’hôtel. Valentina qui lui avait prêté un mari, récupéra un cadavre… ». De ce jour les deux femmes se porteront une haine féroce. Attisée par le fait d’habiter la même adresse, 52e rue. Jusqu’à la disparition de Valentina, en 1989, elles adopteront un protocole quotidien sévère afin de ne jamais se croiser dans le lobby ou l’ascenseur… Garbo ne survivra à sa couturière qu’une année.

Vente Greta Garbo, les 14 et 15 Décembre 2012. Julien’s Auction Beverly Hills 9665 Wilshire Boulevard, Suite 150. Beverly Hills, Californie. www.juliensauctions.com

Expositions :

Newbridge Silverware Museum of Style Icons, Country Kildare, Irlande. Du 29 Septembre au 23 Novembre.

Cunard : Lors de la croisière du Queen Mary II de Southampton à New York du 20 au 27 Novembre.

Chez Julien’s Auction, du 10 au 13 Décembre.

 

 

 

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