Arles, entre toros et aristos

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Publié le 05.08.2012

Sont-ils tous piqués ? Artistes, mécènes, architectes ou stylistes ne jurent plus que par la noble et fière cité camarguaise. Ils puisent dans ses racines âpres les couleurs d’un futur flamboyant. Moustique revival…

 

Par Alexandra Senes

Photographie: Matthieu Salvaing

 

 

Quinquin Yonnet et sa fille Charlotte dans leur manade près de l’étang de Vaccarès, au Salin-Giraud

 

Les ivresses des férias, le souffle du mistral, les trésors romains du Rhône, les livres d’Actes Sud, les broderies de Christian Lacroix, ça, c’est Arles. Hans Ulrich Obrist, Philippe Parreno, Liam Gillick, Beatrix Ruf, Maja Hoffmann, Frank Gehry, India Mahdavi, Olivier Saillard, Anri Sala, Dominique Gonzalez-Foerster, Rirkrit Tiravanija, Douglas Gordon, Terence Conran, Pierre Alechinsky…, ça, ce n’est ni la foire de Bâle ni le premier rang d’un défilé. C’est bien Arles aujourd’hui. Une guests-list qui fricote, comme Van Gogh, sublimant le soleil des Alpilles, avait déjà fait venir Gauguin et les peintres de l’Ecole de Pont-Aven qui ne se sont jamais remis de la lumière du coin.

 

(photo : Quinquin Yonnet dans sa tenue de Gardian, une grande manadière qui consacre sa vie à ses deux enfants, ses taureaux et ses chevaux)

 

 

Aujourd’hui, Christian Lacroix redonne un coup de peinture au Jules César, le grand hôtel du coin. Le chef Armand Arnal cuisine sous influence locale – inspiré par Nico, le roi de l’écrevisse sauvage, le feu dans la cuisine de ses amis gitans, ou par Robert, l’encyclopédie vivante de la riziculture camar­guaise. Arnal a reçu une première étoile Michelin pour sa cuisine bio locavore qu’il sert à la Chassagnette. India Mahdavi repense la maison de Maja Hoffmann aux Alyscamps et fait revivre l’hôtel du Cloître. Au moment où Frank Gehry se lance dans un chantier phénoménal qui va décoiffer les taureaux. “Arles est une ville où les siècles n’ont pas une ride. Ce qu’exalte cette ville impé­riale s’adresse à tous les sens, qu’elle exacerbe avec une incroyable acuité, mutant l’histoire en une interminable modernité”, clame Christian Lacroix.

 

(photo : l’habit d’un torero qui s’envole par Christian Lacroix, invité de l’exposition « Les Picasso d’Arles », jusqu’au 30 décembre au musée Réattu)

 

Le paysage camarguais, avec ses contrastes et nuances, résulte d’une forme d’agressivité. “Le climat est violent. C’est une terre engloutie, sauvage, Lucien vous raconterait que sa mère lui mettait un collier d’ail autour du cou pour chasser les sorcières. Vous a-t-on parlé de la Tarasque, le monstre de Tarascon qui avale les jeunes vierges qui se baladent au bord du Rhône ?”, raconte Maryse Cordesse, soeur de Gaston Defferre, avocate, directrice de l’Ecole nationale supérieure de la photo d’Arles et présidente des Rencontres d’Arles aux côtés de Lucien Clergue depuis quarante ans. Dans sa maison de Saint-Etienne-du-Grès, elle a reçu les plus grands : Marc Riboud, Jacques-Henri Lartigue, Sarah Moon… “Aride et minérale, cette ville n’est pas finie. On est loin du sous-vide d’Aix-en-Provence, elle fait fuir des gens qui préfèrent Saint-Rémy-de-Provence et c’est tant mieux”, estime Olivier Saillard, directeur du musée Galliera, qui peut devenir fou s’il y passe trop de temps en hiver. Christian Lacroix y va carrément de ses souvenirs sanguinolents : “C’est un pays noir, comme le pays de Giono. C’est une ville mortifère. Ma grand-mère m’emmenait derrière les arènes, là où l’on vidait les tau­reaux de leur sang. J’étais certainement plus fan de ces cou­lisses-là que du costume du torero.

 

Le 25 mai dernier, le pèlerinage de Saintes-Maries-de-la-Mer

 

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