Adiorable Monsieur Simons

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Publié le 30.06.2012

Un lundi d’avril, le monde entier apprit la nouvelle. Raf Simons, anciennement Jil Sander, arrivait chez Dior. Un lundi de juillet, demain, il présente sa première collection, celle de la haute couture automne-hiver 2012/2013, pour la maison parisienne. Portrait d’un autodidacte original et billet XVIIIe pour fêter ça.

 

Par Patrick Cabasset et Constance Chaillet

Illustration Tomek Sadurski

 

 

 

Après l’annonce de la venue d’Hedi Slimane chez Yves Saint Laurent, c’est Dior qui affiche l’arrivée de Raf Simons à la direction artistique féminine de la griffe. De quoi booster la créativité parisienne tout en renouvelant son énergie. Un fluide dont aucun des deux ne manque. Mais si l’on connaît bien Hedi Slimane pour l’avoir vu évoluer chez Yves Saint Laurent d’abord puis chez Dior Homme, Raf Simons reste plus secret. Timide ? “C’est davantage une attitude de discrétion et de politesse, avance Romain Roz, l’attaché de presse parisien de la griffe masculine Raf Simons. Il n’est pas timide comme on le croit souvent, mais très retenu.” Jusqu’alors à la tête de sa propre collection de mode masculine, mais aussi de la griffe Jil Sander homme et femme, ce Belge né à Neerpelt en 1968 a eu un parcours professionnel plutôt atypique. Aucune poupée habillée dans son enfance, aucune école de mode plus tard non plus. C’est par le design industriel et le mobilier que ce garcon réservé issu d’un milieu populaire trouvera son chemin vers la mode.

 

Ma mère a commencé à travailler dès l’âge de 15 ans et mon père est entré dans l’armée à 17 ans, déclare-t-il en 2004 à Graig Garett sur PaperCoffin.com. J’ai passé mon enfance à jouer dans une ferme avec d’autres enfants. Mais mes parents voulaient me donner une éducation. J’ai été au collège où j’ai fait du latin, du grec, des mathématiques… Dès l’âge de 16 ans, j’ai su que je voulais me tourner vers quelque chose de plus créatif. Mais je n’avais aucune idée qu’une école d’art ou même de mode puisse exister. J’étais dans un petit village perdu. Il n’y avait pas de culture. Il n’y avait rien. C’est sans doute aussi pourquoi tout ce que je fais – toujours – passe par la musique. C’était la seule échappatoire.” Au collège, il trouve un livre d’architecture qui indique quelles études poursuivre vers le design industriel. En visitant l’une des deux écoles possibles en Belgique, à Genk, il décide que c’est ce qu’il veut faire. Il s’y conforme durant trois ans. Au cours de sa quatrième année d’étude, deux stages en entreprises étaient obligatoires. Contrairement aux recommandations de ses profs, il choisit de tenter sa chance auprès d’un studio de création de mode, celui de Walter Van Beirendonck. Issu de la bande des 6 d’Anvers, celui-ci était alors un créatif adulé. N’ayant jamais touché à la mode, Raf fabrique un faux portfolio d’école. Malin, Walter ne le retient pas pour ses collages de couvertures d’I-D ou The Face rapidement découpées, mais pour son travail de dessinateur industriel, ses projets de meubles et d’objets. Avec Walt, Raf découvre l’univers de la mode créative et Paris. Il assiste pour la première fois à un show géant de Jean-Paul Gaultier et au troisième défilé de Martin Margiela, également formé à Anvers. Ce show présenté dans un terrain vague du 19e arrondissement sera une révélation : “C’était tellement émouvant, se souvient-il dans W Magazine. Tout le monde pleurait. Moi aussi. Martin est celui qui m’a décidé à faire de la mode. (…) Je connais ses modèles aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur. Je conserve ses archives parallèlement aux miennes.” Les collections d’Helmut Lang seront une autre source d’inspirations  formatrices. Alors étudiant en style à l’Académie des beaux arts d’Anvers, Jurgi Persoons a rencontré Raf Simons en 1992 : “Il faisait encore des meubles à cette époque, mais suivait notre travail à l’Académie d’assez près et était déjà ami avec plusieurs étudiants. J’ai été marqué par son aptitude à créer des images, par son univers artistique et par son sens visionnaire du bon moment pour chaque idée.

 

Bientôt conseillé par Linda Loppa, alors directrice de l’Académie d’Anvers, mais sans avoir jamais suivi ses cours, il se dirige vers la mode masculine. En 1995, sa première collection voit le jour. Inspiré par les photos de David Sims et les films de Larry Clark, il privilégie l’attitude sur le look. Raf s’adonne également aux castings sauvages, à la recherche des garcons vrais qui l’émeuvent. Sans barrières mentales ou références pesantes, il invente ainsi un discours esthétique inédit : “J’ai commencé non parce que je voulais être un designer qui dans les boutiques de mode du monde entier. Je voulais juste trouver une sorte de language qui me corresponde ainsi qu’à mon entourage, nous ne nous sentions pas bien dans ce qui était proposé. Et nous nous intéressions a la mode – nous la suivions – mais quelque chose manquait.” Depuis, le “quelque chose en plus” griffé Raf Simons séduit les spécialistes les plus pointus de la mode masculine. Et son style unique enrichit parfois de nombreux autres labels. En 2000, il décide de prendre une année sabbatique. À cette époque, il devient professeur de mode pour l’Université des arts appliqués de Vienne. Une activité annexe qu’il pratiquera durant cinq ans. “Comme c’était un travail en plus, j’ai décidé d’utiliser l’argent supplémentaire pour commencer à collectionner de l’art contemporain, et que des artistes de ma génération, indique Raf Simons à W Magazine. L’un des nouveaux venus était Sterling Ruby. C’est celui que je collectionne désormais le plus.

 

 

Raf Simons à la fin de son dernier défilé pour Jil Sander (automne-hiver 2012/13)

 

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