Prada/Schiaparelli : le match exposition de l’année

Publié le 02.05.2012

C’est l’expo incontournable à voir ce mois-ci ! Le match Elsa Schiaparelli / Miuccia Prada orchestré par le Costume Institute du Metropolitan Museum of Art de New York. Un dialogue créatif ultra fashion mis en scène par Baz Luhrmann.

 

Au-dela du temps, Elsa Schiaparelli et Muccia Prada s’exposent au Met.


Toutes les clientes vous le diront : avec un décor accueillant, des vendeuses affables, des produits craquants, tout est fait chez Prada pour transformer une simple envie en vrai désir ; et ce désir en trophée d’exception. Cette évidence, une autre femme l’avait comprise mieux que les autres, dés la fin des années 20 : Elsa Schiaparelli. Une aristocrate tête brûlée, d’extraction intellectuelle et créatrice d’exception qui ne débutera cependant sa carrière professionnelle qu’en 1927, à 37 ans, après le naufrage de son mariage –à 18 ans- avec un comte franco-suisse.

Au-delà de cette approche commerciale sensible, de leur nationalité et de leurs carrières tardives, d’autres points communs réunissent à travers le temps Prada et Schiap’ (c’est elle-même qui privilégie cette abréviation, consciente qu’aucun français ou américain ne saurait jamais prononcer son nom convenablement). Un certain goût pour l’art n’est pas le moindre de ces accords. Elsa Schiaparelli va explorer et se servir du surréalisme. Miuccia Prada s’intéresse au rapport de la mode avec le postmodernisme.

 

Les lunettes vues par Schiap’ en 1951 et Prada en 2011 : un certain sens de la mise en scène et de la bravoure…

 

Influencée par les Dadaïstes, Francis Picabia ou Tristan Tzara, travaillant avec Salvatore Dali, Jean Cocteau et Jean-Michel Franck pour les décors de ses salons de couture où trônent des sculptures de Giacometti, Schiaparelli habillera de nombreuses célébrités : la duchesse de Windsor, Greta Garbo, Gloria Guiness, Mae West ou Milicent Rodgers. Et fera rêver toutes les élégantes qui s’arracheront ses créations parfois extravagantes. Sa fille Gogo donnera naissance à Berry et Marisa Berenson.

Même leur manière d’aborder la couleur comme une signature semble rapprocher les deux créatrices. Alors que Schiaparelli développera son image mondialement dans l’incandescence de créations rose ‘shocking’, Prada imposera sa griffe au monde entier dans un environnement vert tonique. L’engouement que l’on constate d’ailleurs aujourd’hui dans les boutiques Prada du monde entier, Schiaparelli y assistait également médusée dans son magasin du 21 place Vendôme dès 1935 : « La boutique Schiap’ devint l’une des attractions de Paris, écrit-elle. Les touristes venaient la photographier, pour en garder un souvenir unique de la capitale (…) après la tour Eiffel, les Invalides, le château de Versailles et les Folies Bergères ». L’ex-mannequin Bettina organisait alors les vitrines avec très peu de moyens –Pascal et Pascaline, deux mannequins de bois- mais beaucoup d’idées !

 

Influencé par Dali, le chapeau chaussure de Schiaparelli photographié dans L’Officiel en 1937 est l’une des images phare de cette expo-conversation. Photo Georges Saad.

 

L’exposition de New York, scénographiée par le décorateur de films Nathan Crowley sur des idées du réalisateur australien Baz Luhrmann, met en parallèle sept thèmes chers aux deux créatrices.

L‘expo idéale pour conforter votre bon sens lorsque vous entrez chez Prada. Mais aussi pour découvrir cette extravagante Elsa qui, dans son autobiographie écrite à la troisième personne, ‘Shocking Life’ écrivait ceci comme l’un de ses 12 commandements : « Souvenez-vous : 20% des femmes ont un complexe d’infériorité. 70% ont des illusions »… Après cela si une furieuse envie de sauter dans le premier avion pour New York vous prend, vous saurez pourquoi !

Patrick Cabasset

Schiaparelli et Prada : Conversations Impossibles. Du 10 mai au 19 aout, Metropolitan Museum of Art, 1000 Fifth Avenue, New York. www.metmuseum.org

La suite de cet article -et plus encore- dans L’Officiel de Mai 2012, en kiosques.


Marlène Dietrich et la Duchesse de Windsor, deux « bonnes clientes » de Schiap’.

Et une paire de gants Schiaparelli de 1935 qu’on aimerait toujours porter certains jours…

 


 

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