Publié le 26.04.2012
En attendant le déferlement de looks gothiques (et chics) de l’hiver 2012/13, une visite de l’exposition Joel-Peter Witkin à Paris s’impose. Une danse sacrée d’inspirations romantiques infernales. Interdit aux âmes sensibles…
‘Woman, once a bird’ par Joel-Peter Witkin
Son travail artistique majeur a influencé Alexander McQueen, quelques peintres et de nombreux autres photographes. Lui-même s’inscrit dans la tradition du mémento mori médiéval, des danses macabres mexicaines et dans le prolongement des plus grands peintres et photographes, de Jérôme Bosch à Man Ray en passant par Vélasquez. C’est cependant le support photographique qu’a choisi Joel-Peter Witkin.
Entre peintures et photos, ses mises en scène laissent au rayon ‘roman rose’ les gentilles bluettes de Six Feet Under. Précises et méticuleuses, ses images mixent zoo et morgue, conservatoire d’histoire naturelle et musée des horreurs, femmes à barbe et hommes sans tête. Ses négatifs sont retravaillés, découpés, grattés, incisés, plongés dans des bains d’acide, vieillis. Il les rephotographie, regratte, redécoupe encore et encore. Entre Eros et Thanatos, le résultat est un freak show mythologiques sublime, époustouflant, pictural, grotesque, pornographique, cadavérique,… Excessif !

En haut ‘Sanitarium’ de Witkin et ci-dessus une mise en scène du défilé Alexander McQueen de l’Eté 2001
Né à New York en 1939, l’artiste défend au contraire son humanisme dans la revue de la Bibliothèque Nationale de France ‘Chronique’ : « Nous vivons aujourd’hui dans une culture du relativisme, du politiquement correct et du sécularisme. Je suis en désaccord avec toutes ces idées. La vie est un combat et je la montre telle qu’elle est réellement. La mort fait partie du cycle de la vie. Tout le monde a peur de mourir, mais tout le monde doit mourir. Toutes les croyances des hommes sont égales devant la mort. Pour moi, elle est la transition qui précède la vie éternelle. La mort est un don sacré. Mon travail a toujours donné à voir la splendeur et la misère de la condition humaine. C’est le sens de l’art depuis toujours. La difformité est présente dans l’art de Vinci, de Velázquez, de Goya ou de Dix. La sexualité hors normes a toujours existé ».
Ici, les sexualités déviantes s’expriment aussi. ‘A day in the country’ de Joel-Peter Witkin
Choqué enfant par la vue d’une jeune fille décapitée dans un accident par une voiture et vivant dans une atmosphère familiale difficile, Witkin commence par photographier le Freak Show de Coney Island. Ses clichés servaient alors de sujets aux peintures de son frère jumeau. En 61, il est appelé sous les drapeaux et part au Vietnam durant 3 ans, comme photographe de guerre. Ici aussi le spectre grimaçant de la mort s’invite sans qu’on lui demande… Au retour, il poursuit des études artistiques tout au long des années 70 et obtient ses diplômes à l’université du Nouveau Mexique. Bientôt sa carrière sera mondiale. Découvert en France par la Galerie Texbraun à Paris dès 1982, il ne cesse depuis d’hanter le monde de l’art.
Présenté ici en parallèle à quelques gravures précieuses, vanités et études morphologiques issues des collections de la Bibliothèque Nationale, son travail s’inscrit dans un mouvement artistique qui dépasse les modes et les genres.
Les ‘ménines’ de Witkin ont forcément un autre parfum que celles de Vélasquez
Interrogé par Sylvie Lisiecki pour la BNF il poursuit : « Aujourd’hui, nous avons particulièrement besoin de l’art car nous avons besoin de spiritualité. Nous vivons une époque très sombre. La plupart des gens sont sans espoir dans ce monde où l’argent est devenu le Dieu unique. L’argent a remplacé l’amour et la communication. Si les tableaux de Francis Bacon parlent à beaucoup de gens, c’est parce que c’est une peinture du désespoir et du cynisme. Cela n’a jamais été mon propos. Mon travail montre que nous pouvons trouver l’espoir en nous-mêmes ». Indispensable !
Joel-Peter Witkin. Enfer ou Ciel : Jusqu’au 1er juillet, BNF, 5 rue Vivienne, Paris 2e. www.bnf.fr
Catalogue aux Editions de la Martinière / Bibliothèque Nationale de France, sous la direction d’Anne Biroleau.
‘Daphne and Apollo’ de Joel-Peter Witkin


