Publié le 25.04.2012
On aurait pu vous parler de Crezus dans notre rubrique fashion découverte. Et puis, au détour d’un verre au Café de Flore avec Alison Briquet, sa jeune créatrice, on s’est dit que le mieux était de la découvrir dans son atelier, là où elle crée, compose, choisit et assemble ses pierres. À force de parler on en oubliera presque les questions et les « vous » d’usage…
Par Caroline Lapère
Parle-nous de toi, d’où viens-tu ?
J’ai travaillé pendant un an chez Boucheron au développement produits et aux nouveaux lancements. J’avais 23 ans, je me suis demandée ce que j’allais faire, et c’est devenu une évidence: mes parents sont fabricants de bijoux fantaisies, autant dire que je suis baignée dans cet univers depuis toute petite. Monter ma marque de bijoux a donc toujours été dans un coin de ma tête, seulement je ne pensais pas que ça se ferait si rapidement.
Et donc, ça se passe comment ?
Première collection en 2010. Premier salon, où je reçois un bon accueil, et les choses se sont enchaînées. Aujourd’hui, j’ai trois thèmes de collection, avec à peu près 15 modèles par thème, ce qui au final doit me faire plus de 500 pièces vendues par saison. J’ai une sorte de « contrat » avec Swarovski ce qui me permet de choisir et d’avoir accès à toutes leurs pierres. D’où toutes ces boîtes, car tout commence ici ! Je fais tout, toute seule !
Bagues Daria, Fullmoon et Mohak
Comment pourrais-tu décrire l’esprit de Crezus ?
J’ai vraiment lancé ma marque en me disant que j’aimerai porter des bijoux assez massifs, chargés, mais qui resteraient « portables ». Il y a un côté assez rock, même si je n’aime pas vraiment ce terme qui veut un peu tout et rien dire. On retrouve quand même le métal, les pics, les pointes, des estampés que j’associe aux strass. J’essaie vraiment de travailler les formes et les volumes afin de donner de l’impact à mes créations. Ma ligne directrice reste le cristal de Swarovski mais que je retravaille et qui n’a plus rien avoir avec l’mage que l’on s’en fait.
C’est-à-dire ?
Disons que ma touche personnelle, c’est de tremper les pierres dans des bains de dorure, de soudure, d’argenture pour les polir et les rendre mat, ça leur donne un tout autres aspect. Ils obtiennent une couleur dégradée que je trouve plus intéressante. Et on reste vraiment sur du bijou fantaisie, avec des prix abordables.
Pierres avant le bain, et après
Qui t’inspire ?
(elle réfléchit) Des gens comme Elsa Schiaparelli, dans les années 20, qui a énormément marqué l’histoire en apportant l’art dans les bijoux et inversement. Ses créations étaient à la fois complètement loufoques, excentriques et déjantées et ça, ça m’intéresse beaucoup. Au sujet des créateurs, j’aime beaucoup les personnalités fortes comme Alexander McQueen, Jeremy Scott, John Galliano…
Ensuite, j’ai une importante collection de livres comme tu peux le voir, sur les bijoux anciens, l’art… Ils sont constamment ouverts lorsque je suis dans mon atelier, j’y pioche par-ci par-là des nouvelles idées sur les formes, les dégradées, la couleur, et ça m’aide énormément ! J’en fait la collection depuis 15 ans, et ils sont ma véritable source d’inspiration !
Si tu crées toute seule, tu mets combien de temps pour réaliser tes croquis ?
Au final, je travaille moins sur dessin que sur proto. J’ai mes corps de bagues, mes sertissures, mes pierres. Je préfère créer « en vrai », ça vient plus naturellement, je me dis « tiens, ça serait bien un pic, ou une pierre S20… ». Je fais des essais, je vois ce que ça donne. Sur dessin, je ne me rends pas vraiment compte ! Ensuite, quand le proto est monté, je le dessine et je l’envoie à la prod’. Après, le soudeur avec qui je travaille depuis le début me connaissent suffisamment pour savoir mes tics de dessins et ce que ça représente.
Tu dois avoir des favoris parmi tes modèles ?
La bague « Mowak » et sa manchette. Ce sont deux pièces en forme de crête iroquoise avec à la fois des pics et du cristal. Ce sont les premières que j’ai imaginé et qui ont tellement plu, que j’ai décidé de rééditer et y apportant à chaque fois une petite modification.
Pour un début, tu as déjà pas mal de point de vente..
Oui, j’avoue que j’en suis très contente ! Il y a la Galerie 66, Franck&fils, chez Shiadé rue des Saint-Pères, il y a également une autre boutique dans le Marais. Peut-être d’ici peu le Bon Marché. Pour le moment je dois avouer qu’au niveau de la France, ça reste encore confidentiel. Mais depuis le salon Première Classe, j’ai quasiment explosé les cahiers de commandes et les points de ventes à l’étranger.
Au fait, avant de partir, pourquoi Crezus ?
Parce que mon nom de famille (ndlr: Briquet ) n’était pas vendeur ! (rires)
Et que j’avais dans l’idée de faire de l’opulence, des pièces massives, avec pas mal de pierres, de métal, de couleurs. Je voulais un côté démesure mais qu’on a envie de porter ! Donc, référence directe au roi Crezus, au faste et à l’opulence… Et avec le recul je trouve que ça fonctionne plutôt bien !






