Publié le 04.04.2012
Les adeptes minimalistes du « Moins = Plus » ne sont pas des fervents admirateurs de l’œuvre de Tony Duquette… Chez lui au contraire, le « Plus = Plus » règne en maître ! Une philosophie maximaliste que cet artiste californien touche à tout, a souvent revendiqué au-delà du concevable. Créateur de décors et de costumes de cinéma et de théâtre, ce personnage truculent, né en 1914 à Los Angeles et décédé en 1999, a imaginé nombre d’objets décoratifs, de meubles, de textiles, de bijoux et de masques. Ordonnateurs de maisons et de jardins fantastiques, il y organisait également des fêtes fastueuses pour ses amis : riches ‘celebrity’ ou aristos titrés, actrices en vue ou dilettantes de génie.
Tony Duquette et Hutton Wilkinson à Dawnridge en 1990
Objets étranges, imprimés excessifs, lustres de corail, miroirs encadrés de bois de cerfs ou de coquillages, moquettes tachetées ‘Bambi’, Tony Duquette reste largement copié dans le monde entier,… Par des professionnels qui oublient généralement de le citer. Face à la générosité de son style, on ne s’étonne pas que de nombreux créatifs de mode puisent régulièrement dans son univers. Yves Saint Laurent, Tom Ford ou Victoire de Castellane se sont ainsi souvent inspiré du style Duquette.
Le salon de Duquette à Dawnridge, lieu des fêtes les plus sensationnelles du Los Angeles jet set des années 50
Dans sa maison des hauts de West Hollywood où il vécu avec sa femme Elizabeth -également artiste et sa principale collaboratrice-, toutes les époques et toutes les influences décoratives se télescopent dans un grand bal fantaisiste. Le XVIIIe siècle baroque européen y est revisité par la Californie sous acide des années 60. L’Asie y croise la Russie, le Tibet et la Chine s’unissent au milieu de souvenirs d’Afrique. Pagodes et œufs d’autruches perlés y dessinent des chandeliers. Des cornes de narval y côtoient des colonnes miroirs ou des obélisques constellées de nacre. Des centaines de cages à oiseaux inventent un réseau de luminaires magiques. Des coquillages géants y accueillent des plantes vertes. Des textiles imprimés malachite (l’une de ses signatures) y rencontrent de lourds bijoux en Lapis Lazuli. Corail, métal, perles, pierres et acrylique se mélangent ici sans complexe, en assemblages de bric et de broc qui partout ailleurs passeraient pour hasardeux. Ici, ils rayonnent ! Un choc esthétique qu’on peut qualifier de ‘Napoléon Duquette’ comme on évoque le style Napoléon III ou le ‘Napoléon Farouk’ en Egypte… Il faudrait cependant être bien myope pour ne pas y reconnaître l’inventivité anti-conventionnelle d’un Jean Cocteau ou la générosité aristocratique moderne d’un Christian Bérard.
Le jardin de la maison de Tony Duquette sur les hauts de West Hollywood
Découvert par l’excentrique décoratrice Elsie de Wolfe (devenue Lady Charles Mendl) au début des années 40, le jeune artiste Tony Duquette deviendra décorateur. Prisé par l’actrice Mary Pickford, le réalisateur Vincente Minnelli ou le producteur Arthur Freed, sa fantaisie sans limite va bientôt séduire la jet set américaine et l’aristocratie européenne. Le Duc et la Duchesse de Windsor ou l’industriel et mécène Paul Louis Weiller vont ainsi craquer pour son style baroque. En 1951, le Musée des Arts Décoratifs de Paris lui offre même la tribune d’une exposition temporaire au Louvres. Une consécration inédite –jusqu’à Marc Jacobs cette année- pour un créatif américain. Dans les années 60 et 70, il continue à décorer les maisons de ses amis dans le monde entier, enrichissant les intérieurs de Doris Duke, de J. Paul Getty ou un château en Ireland pour Elizabeth Arden. Parallèlement, il participe à la création de décors de films pour la MGM (‘Kismet’, ‘Ziegfield Folies of 1944’), réalise des costumes et des décors d’opéras et de ballets. Il conçoit enfin son dernier projet décoratif à Venise, au service de Dodie et John Rosekrans qui venaient de racheter la Palais Brandolini sur le Grand Canal. Mais jusqu’à 85 ans ce génie créatif continuera à créer des décors et des bijoux fastueux. Son bras droit et collaborateur durant 30 ans, Hutton Wilkinson, poursuit désormais son œuvre.
L’imprimé malachite et les coquillages dorés : deux ‘hits’ de l’esthètique Duquette
En visitant ‘Dawnridge’ sa maison-salon de Los Angeles on pense parfois à l’esthétique décadente du personnage du roman ‘A Rebours’ de Huysmans : Des Esseintes. La lumière et la profusion Californienne en plus. Greta Garbo, Arthur Rubinstein ou Aldous Huxley viendront souvent s’y divertir.
Miroir entouré de bois de cerfs, perroquet couronné d’or, le monde de Duquette mélange toutes les influences
Cette saison, c’est la marque de sacs Coach qui lance sa collection exclusive de bijoux, hommages à Tony Duquette. Une collaboration entre Hutton Wilkinson, le légataire de Duquette et Reed Krakoff président et directeur créatif de Coach. Une vingtaine de pièces, colliers, bracelets charms, bagues et pochettes bijoux du soir décorés de pierres semi-précieuses reproduisent le style coloré et flamboyant du créatif à des prix abordables. Une nouvelle consécration méritée.
Photos : Desmond Maitland et DR.
Ci-dessous, quelques-unes des créations colorées Coach inspirées de l’univers de Tony Duquette








