Garcia: Le nouveau NoMad

 

Entretien avec Jacques Garcia. A peine ouvert voilà que le très beau NoMad Hotel de New York, situé à l’angle de Broadway et de la 28ème rue, s’annonce déjà comme un big success. Son décorateur qui en revient nous en raconte la genèse, les détails et aussi son prochain grand projet…


Par Alice d’Orgeval

 

Pourquoi New-York ?

J’ai toujours eu une grande attirance pour New York. C’est une ville qui m’a porté chance. J’y ai déjà fait deux endroits, deux grands succès : le premier dans Tribeca, puis le Spice Market de Jean-Georges (Vongerichten NDLR) dans Meetpacking District. Ce restaurant existe toujours avec son ambiance inspirée de l’atmosphère d’un Macao du XXIème siècle.

 

 

Pourquoi le NoMAD ?

Le groupe Sydell (Ace Hotel à Palm Spring et NYC et The Saguaro à Scottsdale NDLR) est venu me voir. Nous avons cherché ensemble un lieu sans le trouver, jusqu’à ce que se présente finalement cet immeuble, extraordinaire d’un point de vue historique. Construit à la fin du 19ème siècle, il est situé à un carrefour qui réunit aussi bien une église romane qu’un temple grec. Chaque fenêtre de l’hôtel donne sur un détail architectural complètement fou. L’endroit m’a tout de suite fasciné. Malheureusement, nous sommes tombés à un moment difficile : la crise de 2008, plus les conséquences de l’affaire Madoff. Malgré tout, nous avons continué à y croire, les banques aussi. Ce n’est pas un projet qui s’inscrit dans une spontanéité mais dans 20 ans d’histoire new yorkaise.

 

 

Qu’avez-vous trouvé sur place ?

Pour un hôtel, l’espace du rez-de-chaussée est atypique. Aujourd’hui, la plupart des lobbies s’organisent dans de grands espaces hyper modernes. Ici, on a un espace labyrinthique un peu oriental et j’aime ça. J’aime cette sensation du vu / non vu. Dans une histoire d’amour, j’adore ce moment où l’on monte l’escalier avant que la personne vous ouvre la porte… L’organisation de l’espace au NoMAD permet de recréer exactement cette sensation : des effets de surprises tout autour d’une grande verrière centrale qui ouvre elle – même sur une cour intérieure. Ici un salon oriental, là un bar invraisemblable lequel mène à une grande bibliothèque sur deux étages… Troublant et varié. C’est un voyage plutôt sombre. Dans le lobby, j’ai joué donc le jeu sur le noir. A l’inverse, les chambres sont illuminées de lumière. C’est rare d’avoir des fenêtres de chambres aussi grandes.

 

 

Qu’avez-vous souhaité raconter ?

J’ai essayé de faire un « petit truc » à la française.

 

 

Qu’est-ce pour vous un hôtel à la française ?

La France a représenté et représente toujours l’élégance. Quelque soit le style ou le palette de couleurs, il y a une façon de faire qui est à la fois élégante et décontractée, cela a toujours été le genre français. Nous sommes à la fois détenteur de la connaissance, très embourgeoisés dans une aristocratie ancienne, et nous sommes aussi des révolutionnaires. C’est ce mélange qui donne quelque chose de différent.

 

 

Des pièces, des œuvres qui meublent le NoMAD et qui résument cela ?

Pas de choses extravagantes. Il y a une cheminée que j’ai achetée en France mais aussi beaucoup de choses chinées à NY. Encore une fois, nous sommes tombés en pleine crise. Cela me rappelle l’ouverture de l’hôtel Costes à Paris : Jean-Louis Costes était alors dans une énorme difficulté financière qu’on ne peut même pas soupçonner. Nous avons ouvert l’hôtel avec les huissiers à la porte. Je me suis acharné pour qu’on aille jusqu’au bout et que les entreprises travaillent malgré les difficultés de paiements. Au fur et à mesure des réservations, tous les week-ends, nous allions aux Puces acheter trois bureaux, deux chaises, tout simplement parce qu’on avait loué trois chambres. Et quand l’hôtel a eu le succès qu’on connait, nous l’avons rempli de tableaux, de pièces plus rares. Si le NoMAD confirme son succès comme je le crois, vous constaterez la même chose.

 

 

Quels savoir-faire français, techniques et artisans au NoMad?

Tout le mobilier du bas a été réalisé par des artisans français. J’ai fait beaucoup de chantier là-bas donc je connais les bonnes adresses américaines. Mais on oublie souvent que ces entreprises ont des bases françaises, comme les staffeurs qui font les corniches. La source est chez nous.

 

 

Qu’avez-vous laissé à New York ?

Rien parce que j’y retourne souvent. Il faut toujours être frustré, c’est mieux que d’être lassé. New York est à la fois la ville où j’ai envie d’être et à la fois la ville où je ne veux pas rester.

 

 

Quel est votre « prochain escalier » ?

La restauration des salles des Arts décoratifs du 17ème et du 18ème siècle au Louvre. Je suis passionné de cet art français qui part de 1650 à 1790. Cette période où la France domine le monde, sur ce terrain en tout cas, m’a toujours fasciné. J’aime l’idée que l’on puisse aujourd’hui évoquer à nouveau cette splendeur grâce à la restauration de ces 44 salles. La France a encore cette chance de pouvoir conserver l’âme de cette époque.

 

 

Comment avez-vous accueilli la charge de ce projet ?

On n’a jamais la certitude, il y a toujours un doute. A partir du moment où l’on perd ses doutes, l’erreur n’est pas loin.

 

 

Quand livrez-vous ces salles ?

Au printemps 2013.

 

 

Vous qui n’aimez pas les étiquettes, quelle est la reconnaissance que vous en attendez ?

Si par hasard en découvrant ce musée, quelques jeunes ressentent la même impression que celle que j’ai eu en découvrant ce musée à l’âge de 10 ans, je serais très content.

 

 

 

 


 

 

 

 

 

Crédits Photo Jacques Garcia : Eric Sander

Crédits Photos Hôtel Benoit Linero pour le studio be-poles qui est en charge de l’art program du NoMad Hotel via les Portraits de Villes.


www.thenomadhotel.com

 

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