Expo Van Herpen : l’Iris visionnaire de la mode

Publié le 29.03.2012

Elle n’a que 28 ans, ne conçoit ses propres collections que depuis 4 ans et s’expose déjà dans un musée ! Pourquoi Iris Van Herpen est-elle la première créatrice radicale du XXIe siècle ?

Parrure, corset ou corsage ? Dans la collection Escapism d’Iris Van Herpen

 

Au moindre coup d’œil, c’est un choc ! Visuel, esthétique, artistique. Dès la première silhouette de son premier défilé parisien, à l’Institut Néerlandais en janvier 2011 l’émotion est palpable. Chacun de ses modèles semble faire naître un trouble incandescent et jubilatoire. Avec des inspirations organiques et technologiques, des matières inédites, des formes sculpturales impossibles, elle transcende notre prêt-à-porter basique en une expérience unique.

 

Iris Van Herpen

 

Issue du ArtEZ Institute of the Arts d’Arnhem (comme Viktor et Rolf) aux Pays Bas en 2006, Iris Van Herpen additionne quelques stages, dont un plus formateur que les autres sans doute, auprès d’Alexander McQueen. En 2008, elle montre sa première collection. Celle du printemps-été 2012 est inspirée d’organismes microscopiques complexes. Une micro diversité de bacilles, d’amibes, de virus, qu’elle a aimé dans les photos scientifiques de Steve Gschmeissner. Elle en fait des robes en feuilles de cuir, en élévations de plexiglas, en enroulements de rhodoïd, en fanons de baleine,… Côté fabrication, elle explose également les conventions, additionnant des procédés artisanaux ancestraux et des méthodes technologiques de pointe. Des impressions en 3D couronnent ses sculptures extraordinaires, mouvantes, fascinantes, déstabilisantes.

 

Sculptures futuristes ou prêt-à-porter ? Robe Squelette et ensemble Cristallisation par Iris Van Herpen

 

Logique qu’elle préfère défiler au moment de la Haute Couture parisienne (dont elle est déjà membre invité). Evident qu’elle reçoive le premier prix des Dutch Fashion Awards en 2011. Normal qu’une institution muséale la reconnaisse immédiatement et l’expose désormais. Mais ma plus grande surprise, fût de découvrir quelques-uns de ses modèles déjà en vente dans une boutique de Hong Kong au printemps dernier (chez I.T. le distributeur chinois de Kenzo, d’Isabel Marant, d’Acne, de Gareth Pugh ou d’APC et promoteur des futures Galeries Lafayette de Pékin). Car si les acheteurs professionnels sont déjà là, les consommatrices devraient suivre.

Au passage, Iris Van Herpen fait mentir la théorie qui voudrait qu’au rayon mode, les garçons soient plus créatifs -ils n’habillent pas leur corps-, et les filles plus rationnelles -elles portent ce qu’elles créent. A tel point que ses créations sculpturales frisent l’œuvre d’art à porter.

 

 

Spectaculaire robe « Refinery Smoke »

 

Et pourtant, ce sont bien des robes qui s’exposent aujourd’hui, sélectionnées par Sue-an Van Der Zijpp et mises en scène par le conservateur Mark Wilson à Groningen en Hollande. Des robes qui tournent résolument le dos au déferlement vintage qui s’affiche actuellement dans toutes les autres collections. Des robes radicales, futuristes, abstraites comme des théorèmes mathématiques. Des robes qui seront portées demain par toutes celles qui ne connaissent pas encore Iris Van Herpen. Car autant l’énoncer clairement : c’est elle la première créatrice du nouveau millénaire !

Patrick Cabasset

Photos : Bart Oomes

- Iris Van Herpen, jusqu’au 23/09/2012, Groninger Museum, Museumland 1, Groningen. www.groningermuseum.nl

- Un livre comprenant des textes signés Jean-Paul Cauvin, accompagne cette exposition.

- Jusqu’au 6 mai, on peut voir ici aussi l’exposition consacrée à Azzedine Alaïa.

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