Pierre & Gilles : de l’art et du cliché

publié le 04 février 2012

Pour François.

Le brun solaire et le blond ténébreux… Pierre et Gilles dévoilent leur collection de photos d’identité.

 

C’était une époque sans ordinateurs, sans téléphones cellulaires, sans appareils photos numériques, mais où on s’amusait quand même ! Une époque où l’on n’avait pas besoin de partager ses états d’âme avec la moitié de la planète pour se sentir exister. Une époque où le seul reflet de vous-même venait des vitrines devant lesquels on passait, mais aussi, pour les plus extravertis, des photomatons répartis partout dans la ville, qui croisaient notre chemin. Ces curieuses boites de métal habillées d’un rideau synthétique étaient à nos yeux, magnétiques. Situées en des lieux stratégiques, supermarchés, entrées de métro, halls de gares ou même au coin de la rue, elles nous attiraient davantage que tous les films en 3D d’aujourd’hui. En quelques minutes (on n’était pas pressé de toute façon), elles vous délivraient un portrait en plusieurs exemplaires, l’image que vous aviez décidé d’adopter : l’humeur du jour. Un vrai statu Facebook, d’avant Facebook !

 

Pierre avec Eva Ionesco et Gilles avec Christian Louboutin, avant les années Palace…


Comme Pierre et Gilles dans les années 70 et 80, avec mon copain François nous arpentions alors Paris à la recherche de ces boites magiques, pour bien prouver que, ce soir là encore, nous étions en vadrouille et qu’on c’était bien marrés ! Nous avions 20 ans et n’imaginions pas que la vie ne durerait pas toujours…

Loin de l’œuvre colorée et très travaillée qu’ils continuent de produire et exposent dans le monde entier, Pierre et Gilles dévoilent ici l’esthétique brute d’une époque –de 1968 à 1988- et leur histoire. Un monde underground (on ne disait pas encore ‘branché’), pré ou post punk, dont les figurants –morts ou vivants- sont souvent devenus des héros dans leur domaine : Kenzo, Irié, Christian Louboutin, Victoire de Castellane, Gainsbourg, Bambou, Annette Messager, Marie France, Edwige, Alain Pacadis, Jenny Bel’air, Paquita Paquin, Maud Molineux, Vincent Darré, Djemilla et sa sœur Farida, etc… Plus de 70 personnalités apparaissent ici en toute fraîcheur, dans des poses invraisemblables et en grimaces bien balancées.

 

Alain Pacadis et Jenny Bel’air dans une cabine photographique, dans ces années là.

 

Une belle histoire qui est simplement légendée par Gilles Blanchard à la première personne. Adolescent timide ‘monté’ du Havre, il se fait une joyeuse bande d’amis et tombe amoureux de Pierre Commoy en 1976. Leurs clichés bon marché, alors anodins, patiemment conservés et classés, sont devenus des trésors. D’abord dévoilés pour leurs amis sur Facebook en 2010, Thomas Doustaly a voulu en faire un livre dans sa nouvelle maison d’édition Bàzàr. Plus de 1000 photomatons s’alignent ici, après une préface de l’éditeur et un entretien avec les deux artistes réalisé par lui et Paquita Paquin. 71 autres entretiens-témoignages ont également été réalisés par eux deux avec les personnalités les plus marquantes de cette autobiographie.

« LE » beau livre sépia de nos nuits blanches…

 

Patrick Cabasset

 

Pierre & Gilles : Autobiographie en photomatons. Par Thomas Doustaly et Paquita Paquin. Bàzàr Edition. 69 €. Parution le 16 mars.


Le jeune Vincent Darré et Eric Busch. Pierre Commoy en bordé.

Ci-dessous : Pierre avec le futur créateur de chaussures Tokio Kumagai.


Plus tard, Maripol habillera les premiers clips de Madonna. Frédo Lorca sera le bras droit de Jean-Paul Gaultier…


…Paquita Paquin deviendra journaliste et écrira ce livre. L’artiste Shirley Golfarb n’hantera plus le café de Flore…


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