Chaque mois Daphné part à la découverte d’une ville ou d’un pays en essayant de limiter au maximum ses émissions de carbone. Son truc : voyager de manière la plus écologique possible. Pour cela, elle ne loge qu’en écolodge, ne se fait masser qu’avecdes produits naturels, mange bio et consomme local. Cette fois, c’est à Berlin (Berlin green, presque un pléonasme) qu’elle est allée.
Par Daphné Hézard
Photos Marc-Arnaud Loison
Un petit tour de bateau solaire sur la Spree
Loft story durable
Après les destructions de la Seconde Guerre mondiale, la chute du mur et la réunification de l’Allemagne, Berlin arbore un nouveau visage. Dans le quartier de Mitte, un couple d’architectes a décidé de construi¬re un immeuble HQE (haute qualité environnementale) découpé en plusieurs lofts qu’ils louent aux visiteurs sensibles. Les matériaux choi¬sis reflètent le mélange élégant et branché berlinois. Britta Jürgens et Matthew Griffin ont tout misé sur les matériaux propres. Ils rachètent du crédit carbone à Atmosfair dans le but de financer des projets de pro¬tection climatique, l’électricité provient de NaturWatt, le plus grand producteur d’électricité 100% renouvelable en Allemagne, les produits d’entretien sont organiques et biodégradables et les boissons comme le thé ou le café sont issues du commerce équitable.
Cultiver partout
à l’origine plutôt bétonnée, la Moritzplatz s’est petit à petit transformée en partie de campagne grâce à l’énergie et l’enthousiasme d’une poignée de volontaires. Au Prinzessinnengarten (jardin des Princesses), tout le quartier sarcle, arrache et remue la terre : jeunes et vieux, universitaires et travailleurs, Turcs, Russes et Allemands. Sur le terrain vague, non loin du mur qui divisait jadis l’Allemagne, poussent des légumes et des herbes, certifiés bio, originaires des quatre coins de la planète. Robert Shaw et Marco Clausen, les créateurs des potagers berlinois, se sont inspirés des fermes d’état des grandes villes cubaines. Ici, cultiver des légumes sert avant tout à promouvoir l’esprit commu¬nautaire dans un quartier multi-ethnique, à favoriser les échanges entre nationalités et générations et à renforcer la compréhension mutuelle. à la différence des autres jardins partagés, celui-ci est entièrement transportable. Ici, salades, radis et fenouils poussent dans des caisses en plastique, les plants germent dans des bouteilles en plastique faisant office de serres miniatures, et au Gartencafé (café du Jardin), de vieux conteneurs servent de comptoir, de réserve à provisions et de cuisine les jours de mauvais temps.
http://prinzessinnengarten.net
Le potager urbain de Prinzessinennengarten
Récupérer les arbres
Dans leur atelier, Christian Friedrich et Jörn Neubauer créent du mobilier (Uniic) à partir des arbres bordant les rues de la ville ou récupérés dans les parcs berlinois. Malades ou abattus, ces arbres retrouvent ainsi une seconde vie et se transforment en bancs, tables ou lampes de chevet, à la seule condition que le volume de bois fourni par un même arbre suf¬fise à réaliser le meuble prévu. Autre exigence : un arbre d’un quartier ne verra jamais son bois collé contre celui d’un arbre d’un autre quartier.
Le pionnier des hôtels green
Installée dans une ancienne imprimerie militaire de propagande du quartier de Mitte, Christiane Waszkowiak, une ancienne galeriste, a ouvert MitArt, le premier hôtel bio de Berlin. Dans cet hôtel, on n’uti¬lise que des matériaux et produits naturels. Pour économiser l’énergie, on a renoncé aux télés, minibars et téléphones dans les chambres. Au rez-de-chaussée, un café organique est ouvert a tous.
Naviguer solaire
Pas besoin de permis pour naviguer sur la Spree et nulle obligation de polluer non plus puisque ces bolides fonctionnent à l’énergie solaire. Sans émissions carbone ni énergie fossile, on apprécie aussi l’absence de bruit. La Spree est loin d’être aussi polluée qu’il n’y paraît. Sur ses berges, de nombreux pêcheurs scrutent la surface, espérant que leur bouchon plonge. Ils prennent goujons, gardons et parfois des perches ou des brochets… à bord de ces bateaux solaires, voici une autre manière de découvrir Berlin ou le château de Köpenick situé au bord du fleuve. Il règne ici une atmosphère de village dans ce quartier pourtant tout proche du centre-ville.
Une currywurts ok mais bio svp
La currywurts, ou saucisse au curry, est une spécialité berlinoise que l’on peut cependant déguster à travers toute l’Allemagne. La saucisse peut être rôtie, frite ou encore pochée. Elle est servie traditionnelle¬ment coupée en petits morceaux, accompagnée d’une sauce composée de ketchup ou de concentré de tomate, de sauce Worcestershire et de poudre de curry. Présentée dans une petite barquette, elle se déguste en général debout, dans un Stehcafé (“café-debout”, sans chaise et ouvert sur la rue). Depuis 2003, Franck Eornimann (ancien végétarien), en propose des bio à tomber.
Camper en plein centre-ville
Seule une ville comme Berlin peut tolérer ce genre de liberté. En plein centre-ville, deux hectares verts sont réservés au camping. Le rêve d’une jeune femme qui à force de persévérance a donné naissance à Tentsta¬tion qui accueille 125 tentes, mais met à disposition d’autres logements de fortune tels que des containers transformés en chambres ou encore des roulottes au charme certain. L’autre objet de curiosité reste cette piscine olympique vide et en plein air, devenue depuis l’arrêt de son activité un immense terrain de jeu et d’expression artistique.
Esprit communautaire es-tu là ?
Les anciens mythiques studios de cinéma UFA, qui ont vu défiler les plus les grands maîtres de l’expressionnisme allemand (de Murnau à Fritz Lang, de Jannings à Dietrich) ont été transformés en une com¬munauté libertaire et culturelle. Au cours de l’été 1979, une centaine de personnes pacifistes et engagées ont investi ces terrains désaffectés et créé un projet complet de travail et de vie. Aujourd’hui, Ufafabrik constitue une oasis culturelle au coeur de Berlin, un espace de créa¬tion pour des idées novatrices, un cadre productif pour les citoyens de Berlin et les artistes du monde entier. Les 16 000 m2 sont partagés en différentes sections et deux podiums restent ouverts toute l’année pour des productions artistiques : musique du monde, cabaret, confé¬rences, variété, danse, théâtre, comédie, cirque d’enfants, etc. Ce qui était au départ un petit centre culturel offrant aux jeunes désoeuvrés des possibilités de logement, et surtout une scène pour s’exprimer, est devenu un forum culturel international, un lieu d’échange et de dé¬veloppement de nouvelles énergies et un point central dans la vie du quartier et de la ville.
































