Mon vol avec Depardieu

 

Hier, j’étais conviée à un événement organisé par la compagnie aérienne scandinave SAS qui présentait à Stockholm sa nouvelle carte des vins. En guest-star : Gérard Depardieu, invité pour parler de sa passion du vin et spécialement de son rosé sélectionné par SAS pour être servi en business longs courriers tout l’été. Invitation acceptée, billets émis, caméra en poche : une interview de Depardieu, voilà qui devrait faire plaisir à Louis mon rédac chef web.

 

Décollage à 7 heures du terminal 1 de Roissy pour l’aéroport de Stockholm. Quand j’arrive, l’acteur, vêtu d’un blazer élégant en seersucker gris et blanc, est déjà lancé, occupant l’espace de ses gestes amples, devant un auditoire majoritairement scandinave : grand discours, envolées lyriques, dans un franglais très bien maîtrisé. Il cite Parker, on goûte son rosé, lui et mes confrères scandinaves trinquent à l’amitié franco-suédoise, il n’est que midi. À côté de l’allure guindée un brin rétro des jolies hôtesses, la faconde débridée du Français m’enchante. Je filme tout, parce que c’est un vrai show, discours, toasts, séances de photos avec des admiratrices serrées contre lui… Puis l’homme s’éclipse, remplacé à la tribune par un barman branché qui part dans un exposé étonnant sur comment un cocktail à base de vodka organique peut résister à la pression atmosphérique en vol (sic). On retrinque.

 

J’écoute avec intérêt, mais j’attends surtout le « one to one » promis avec Depardieu. Déception : « Il ne reviendra pas, fatigué, il est parti se reposer. » L’attaché de presse ennuyé me promet que je pourrais me rattraper dans l’avion du retour puisqu’on prend le même vol, Gérard et moi. Après deux bonnes heures à errer dans l’aéroport, je finis par le retrouver avec ses amis dans le couloir qui mène à l’appareil. Il dégage un charisme animal, et son attitude paraît imprévisible ou en tout cas complètement hors norme. Il m’invite à lui poser mes questions tout de suite puisqu’il veut profiter du vol pour dormir. Alors je lui explique que je dois d’abord mettre en marche ma caméra : bond de deux mètres en arrière, refus catégorique. « Non, je ne veux pas être filmé. L’image ment, regarde DSK », répète-t-il.

 

Je l’écoute, je comprends implicitement ce qu’il veut dire, puis je réponds simplement la vérité, l’image fait vendre, et je lui propose, pour voir, de faire l’interview sans filmer son visage, ses chaussures par exemple. Je vois que ce n’est pas négociable, je vais donc m’asseoir en me disant qu’il a du prendre ma spontanéité pour de la naïveté, que mon interview sur le vin n’aurait pas trahi son image, mais que certainement la lumière et la qualité de ma petite caméra ne l’aurait pas montré physiquement à son avantage.

 

Trente minutes avant l’atterrissage à Roissy, il est environ 18 heures, une main de géant me secoue l’épaule. C’est lui qui me relance sur le sujet : l’époque se nourrit d’images, me fait-il en résumé, qu’il en a assez eu et qu’il en a même trop eu. Il me tend alors une montre achetée quelques minutes plus tôt en duty free (genre Swatch), cadeau qu’il tient lui-même à accrocher à mon poignet. « Pourquoi m’offrez-vous une montre ? »  »Parce que j’aime faire des cadeaux. » Je le remercie, l’échange s’arrête là, on atterrit. Je rentre à Paris, après un voyage de 12 heures, avec des images prises sur le vif sans vrai intérêt et un instrument à mesurer le temps en plastique blanc. Sköl (santé) Monsieur Depardieu !

 

 

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