Label palace : consternant !

Ça y est, le jury chargé d’attribuer la distinction « palace » aux plus beaux hôtels français a rendu son jugement. Et si l’on n’est pas surpris de retrouver parmi les heureux élus des hôtels à la qualité aussi incontestable que le Plaza Athénée, le Meurice, le Bristol ou le Park Hyatt Vendôme, on s’étonne, on s’effare devrais-je dire, de ne pas voir le nom du Four Seasons George V.

Le palace (je le maintiens) du prince Alwaleed géré par le groupe Four Seasons est régulièrement classé meilleur hôtel du monde par les spécialistes les plus qualifiés. Qu’il ne trouve pas grâce aux yeux du jury mis en place par le Secrétariat d’état au Tourisme est tout simplement stupéfiant.

Pour obtenir cette fameuse plaque en cuivre qui orne déjà la façade du Bristol, il fallait passer deux étapes. La première : remplir un dossier de candidature et répondre à une longue liste de critères techniques destinés à confirmer que l’établissement se situait bien dans le très haut de gamme. Le George V, comme les quatre autres hôtels parisiens distingués, a réussi cette première épreuve. Restait la visite de deux membres du jury. Qui y ont passé une nuit et une soirée ! Et cela suffit pour estimer qu’un établissement n’est pas à la hauteur. Même le Michelin, si critiqué pour ses méthodes, n’aurait jamais osé cela…

Quand on connaît la liste des personnalités qui composent ce « jury palace », on a de quoi être perplexe. Jugez plutôt : Dominique Fernandez, écrivain (et président du jury) ; Carole Rousseau, présentatrice de télé ; Gonzague Saint-Bris, écrivain ; Adelaïde de Clermont-Tonnerre, journaliste ; Aliza Jabès, présidente du groupe Nuxe ; Hubert Joly, PDG de la compagnie de voyages Carlson ; Serge Nicole, artiste céramiste ; Joseph Olivereau, fondateur des Relais & Châteaux ; Yves Rousset-Rouard, producteur de cinéma ; et Jean-Michel Wilmotte, architecte-designer.

On cherche les vrais spécialistes dans cet inventaire de personnalités très parisiennes. Les conclusions de cette fine équipe qui, nous dit-on, a beaucoup débattu des qualités des uns et des autres, laissent planer un vrai doute sur la valeur de cette nouvelle qualification. Elle était destinée à distinguer les meilleurs, elle risque tout simplement de perturber les clients de ces établissements de luxe. Emblématique patron du groupe Dorchester, dont deux hôtels (le Plaza Athénée et le Meurice), viennent de recevoir la distinction « palace », François Delahaye n’hésite pas à parler de « victoire amère ». « Que le Ritz et, surtout, le George V ne soient pas dans la liste retire toute crédibilité à la distinction », a-t-il déclaré au Figaro. Ajoutant : « La presse étrangère, depuis dix ans, distingue le George V comme le meilleur hôtel du moment et le jury dit que ce n’est pas un palace ? Ça décrédibilise le jury. »

Le jury est nommé pour une période de trois ans renouvelable. On peut craindre le pire pour les candidats à la prochaine session !

 

Christian-Luc Parison

 

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