Voyageur nez

Jean-Claude Ellena, nez de la maison Hermès, vient de publier le Journal d’un parfumeur. Celui qu’on ne présente plus se dit « bricoleur », l’esprit en marche, préférant l’approche sensible aux analyses méthodiques. Et il aime changer le sens d’une odeur, « le parfumeur est maître dans ce jeu-là », expliquait-il à la présentation de son Journal la semaine dernière à la Maison de Balzac. Par exemple, dans son eau parfumée au thé vert de Bulgari, c’est de la violette, vous y auriez pensé ? Il travaille à la « limite du refus », un rebelle qui aime les mauvaises odeurs, celles de la sueur, et le dit. Et si le voyage c’était ça ? Un jeu qui nous éloigne de l’ordre apparent des choses, une succession de moments loin de nos habitudes, qui nous mettent en déséquilibre et nous font voir le monde autrement.

 

Jean-Claude Ellena raconte qu’un jour, à Hongkong, il vaporisait un parfum encore à l’ébauche dans son atelier (près de Grasse) et qu’il avait glissé dans son cartable avant de partir. Déception, l’odeur dans la moiteur était devenue « râpeuse, âcre, déformée »… « Changer de lieu est un bon moyen pour sentir autrement », dit-il. Ce Journal diffuse, à sa lecture, ces sentiments accumulés au cours de voyages et qui participent à la composition d’un parfum. Récit inspiré, pendant une année, du quotidien de l’auteur et de ses réflexions. Subtil et détaché. Les odeurs peuvent nous en dire bien plus qu’un long discours. Suivez le nez…

 

« Journal d’un parfumeur » de Jean-Claude Ellena, 17 € (éditions Sabine Wespieser).

 

Alice d’Orgeval

 

 

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