L’Edit’OFF de Louis Bompard

La rédactrice est un homme comme les autres

Par Louis Bompard

 

Derrière les caprices, les envies d’un Mocha Frappuccino de chez Starbucks à 5 heures du matin et des lunettes noires qui pourraient faire de l’ombre sur toute la Corse, les rédactrices de mode ont un véritable métier. Une mission même. Une lutte.

 

En effet, au rythme de 35 jours de fashion weeks, deux fois par an, avec sept défilés quotidiens et une quarantaine de passages pour chacun, c’est environ 19 600 looks que nos chères papesses de la mode voient passer sous leurs yeux chaque année. C’est donc là qu’elles entament le plus grand de leurs combats. Comment rester concentrée, ne pas penser à sa liste de courses (ça fait ses courses une rédactrice ?) ou se demander où leur satanée voisine et concurrente a pu acheter son verni couleur « perfecto passé » (ça ne sait pas tout une rédactrice ?), lorsque les heures se ressemblent autant…

 

Heureusement, certains créateurs pensent à ces bêtes de styles. Ils essaient ainsi d’envoyer certains électrochocs au travers de leur collection, comme pour maintenir éveillées nos chères rédactrices. Puisque faire défiler des filles aux T-shirts déchirés ne choque plus personne depuis le début des années 90, désormais, ces coups de défibrillateurs sont généralement donnés par les preuves d’un talent éclaboussant. En effet, d’habitude aussi expressives qu’un sac à main, les belles lianes changent totalement de comportement lorsqu’une collection leur tape dans l’œil. Regards concentrés, mots enjoués échangés à l’oreille de leur voisine en montrant du doigt un escarpin qu’elles auront dès la semaine prochaine à leur pied, et même, shocking, un sourire… ou du moins un léger plissement des zygomatiques laissant deviner qu’au fond d’elles, un petit cœur bat, et qu’il a été touché par « la magie de la mode ».

 

Cependant, certains créateurs ont trouvé un autre moyen de faire « tilt » dans les encéphales des dames du premier rang. L’avantage de ce tour de passe-passe est qu’il permet même aux rédactrices de conforter l’idée qu’elles accomplissent à merveille leur tache. Le principe en est simple : provoquer chez ces dernières ce que les psychiatres appellent le « déjà-vu ». Assises sur un banc, dans la même position, entourées des mêmes personnes et regardant passer les mêmes filles (seuls les escarpins ont changé, bien entendu), elles voient arriver devant leurs yeux un modèle qu’elles avaient « déjà vu » six mois auparavant. Naissent alors un soubresaut intellectuel et la fière mais discrète pensée que « j’ai bien remarqué que c’était le même, moi ! ».

 

Les rares invitées du défilé Balenciaga pour l’hiver prochain ont donc pu gracieusement profiter d’un coup de waking up griffé Nicolas Ghesquière. Une robe passepoilée sur un imprimé foulard, et voilà la réminiscence du défilé d’été de Christopher Kane qui pointe le bout de son nez…

 

Grâce soit donc rendue au créateur français qui, si jamais il réfute l’idée de cette main tendue aux rédactrices dans leur lutte contre l’ennui et l’habitude, assumera ce copier-coller comme  un vibrant hommage au jeune créateur anglais, qui n’en demandait pas tant.

 

Et dire que certaines mauvaises langues continuent de prétendre que dans la mode, on ne s’aime pas…

 

Défilé Christopher Kane, printemps-été 2011, défilé Balenciaga (à droite), automne-hiver 2011/12


format 300/*

sur le même thème

découvrez